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Sergi Darder, un goût d’inachevé
15OCT
  • Publié le 15/10/2017 à 17:00 par Tang__S

Sergi Darder, un goût d’inachevé

Après seulement deux saisons à Lyon, Sergi Darder a été prêté (avec OA de 8M€) par l’OL à l’Espanyol de Barcelone où il a déjà été élu à deux reprises homme du match. Un club qu’il connait bien pour y avoir été formé entre 2007 et 2012. Avec des performances en dent de scie depuis 2 ans, l’espagnol ne sera pas parvenu à s’imposer véritablement dans le collectif lyonnais malgré tout les espoirs placés en lui.

À Malaga ça donnait quoi ?

 Né à Artà dans les Baléares, et formé à l’Espanyol de Barcelone, c’est à 19 ans, qu’il débarque en Andalousie, à l’Atlético Malagueño, équipe filiale du Malaga FC qu’il rejoindra un an plus tard. À Malaga, il arrive dans un club en reconstruction suite aux ventes de joueurs cadres comme Jérémy Toulalan, Isco et Joaquín. Bernd Schuster, alors entraineur de l’équipe, cherche à bâtir un nouveau projet avec des jeunes. C’est ainsi qu’il donne sa chance à Sergi Darder. Il enchainera deux saisons pleines avec 67 matchs joués pour 6 buts marqués.

Deux bonnes saisons à Malaga qui lui vaudront une convocation avec la « rojita », la sélection espoir espagnole et une nomination au « Once de oro » (Onze d’or) au Futbol Draft récompensant les meilleurs jeunes joueurs espagnols de la saison 2014 (en compagnie de Saul, Bernat, Jese, Deulofeu …). Il sera d’ailleurs énormément reconnaissant envers Bernd Schuster : « je lui serai toujours reconnaissant, toute ma vie, il a été l'entraîneur qui m'a donné l'opportunité » avouait Darder dans Marca.

Sergi Darder, un goût d’inachevé

Le technicien allemand, tout comme son successeur Javi Garcia l’année d’après, ont disposé principalement leurs équipes dans un système en 4-4-2 centré autour d’un double pivot. C’est dans ce système que Darder s’est révélé aux côtés d’Ignacio Camacho, un milieu défensif pur. Une symbiose parfaite entre physique et technique, sécurité et prise de risques tout en assurant un équilibre à l’équipeUn binôme complémentaire que pouvait remodeler l’OL avec Darder et Lucas Tousart, qui partage avec Camacho des caractéristiques similaires.

Un milieu offensivement complet

A l’OL, Darder a du s’adapter. Barrière de la langue, changement de coach seulement 6 mois après son arrivée (bien que le coach nommé était l’adjoint de l’ancien) et une multitude de système tactiques testés : milieu en losange, milieu à trois, double pivot … qui révèlent toutes les difficultés du staff à trouver la bonne formule. Deux saisons en demi-teintes, qui ont été malgré tout, l’occasion de s’apercevoir de l’étendu du talent qu’il y avait à polir.

En effet, Darder était différent. Différent par son style de jeu, inhabituel en Ligue 1, sa formation « à l’espagnol », son humilité, son recul sur ses performances. Dans une interview pour l’Equipe il était revenu sur la différence culturelle entre l’Espagne et la France : «J’ai eu du mal car le Championnat français est très différent de la Liga […] Ici, on aime les milieux physiques, moins en Espagne. Si tu vois en Espagne, un joueur qui ne sait pas toucher le ballon, on va dire qu’il est nul […] en France, les joueurs de mon gabarit doivent compenser par l’intelligence dans les déplacements ».

Le ballon est son carburant, il aime le toucher, le passer, l’orienter, le contrôler. Il fait de la passe son arme majeure en recherchant systématiquement des solutions vers l’avant. Sa finesse technique lui permet de se sortir de la densité, son intelligence de jeu de se positionner entre les lignes adverses pour créer des situations de surnombre et ses déplacements de se rendre toujours disponible pour ses partenaires.

 

Pas assez décisif ?

Au moment de faire son bilan avec l’OL, celui de son nombre de but et de passes décisives laisse un gout amer. Seulement 5 buts et 9 passes décisives en deux ans sous le maillot lyonnais. Sa qualité de passe, son apport offensif, sa palette technique, il avait tout pour faire mieux. L’explication ? Un manque global de tranchant en zone de finition. Tenter des frappes puissantes de loin (comme il le faisait à Malaga), adresser davantage de caviars à Lacazette c’est peut être là que l’on attendait un peu plus l’espagnol. «Tout le monde pense que je peux faire plus mais je ne suis pas Nabil qui peut gagner un match tout seul. Mon rôle est de rendre les autres meilleurs. Faire mieux pour moi, c’est essayer de faire mieux jouer les autres » expliquait Darder dans l’Equipe.

Néanmoins, il a tout de même inscrit des buts qui ont marqué les esprits des supporters lyonnais comme son sublimissime coup du sombrero sur Thiago Silva avant de crucifier Trapp qui mettait fin à l’invincibilité parisienne en L1 ou encore le premier but de l’histoire dans un derby au Parc OL.

L’aspect défensif, réellement son point faible ?

Il est clair que Darder n’est, et ne sera jamais un récupérateur pur, un gratteur de ballon, un joueur qui a soif de duel. Il défend avec les qualités qui sont les siennes et qui sautent moins aux yeux à première vue : l’anticipation et l’intelligence dans le placement. Des qualités qui se fragilisent forcément si le collectif n’est pas parfaitement huilé, l’était-il à l’OL ? Le doute est permis.

Il n’avait d’ailleurs aucun mal à reconnaitre ses lacunes dans le domaine physique « En France, tout le monde est habitué à voir des joueurs agressifs. Un joueur qui n’aime pas aller au combat, c’est rare. Ici, le défi physique et l’agressivité, c’est important. Pour moi aussi, ça l’est. Mais il y a des joueurs préparés pour ça et d’autres qui ont un profil plus joueur […] j’étais nul physiquement et, pour certains, je le suis resté et je le resterai. Même si j’arrive, un jour, à gratter cinquante ballons par match » confiait l’espagnol dans L’Equipe

Des maladresses défensives   

Sa situation ainsi que ses difficultés à s’imposer physiquement, le frustrait. Son expulsion sévère mais symptomatique de cette frustration face à Bordeaux, dans son dernier match sous les couleurs de l’OL en a été la preuve. Des petites fautes, souvent dans des zones dangereuses (proche de son but), exécutées alors qu’il n’y avait pas vraiment de danger devenaient récurrentes. La réduction du score à 1-2 de Rennes sur coup-franc, lors de la 2eme journée est également survenue suite à une faute « évitable » de l’ancien numéro 14 lyonnais.

Compatible avec l’OL 2017-2018 ?

Comme souvent avec l’OL ses dernières années, la saison dernière a laissé des regrets. Cette demi-finale aller contre l’Ajax (défaite 4-1) a permis au staff d’en tirer des conclusions : l’OL doit se montrer plus solide. L’arrivée de 4 défenseurs (Marcelo, Tete, Marçal, Mendy) et de deux milieux défensifs (Diop, Ndombele) lors de ce mercato confirme le souhait de l’entraineur de sécuriser un secteur qui a pêché l’an passé. « L'idée était d'être plus solide à la perte du ballon car c'est ce qui nous a empêché d'être dans les trois premiers la saison dernière alors que nous avions marqué 114 buts (toutes compétitions confondues) […] On aura la possibilité de varier des phases de possession et des phases avec un bloc un peu plus bas, de contres. Si on veut rivaliser, il faudra avoir une assise défensive beaucoup plus solide…» admettait Bruno Genesio. Néanmoins, le compte est encore loin d’être bon : avec 15 buts encaissés en 9 matchs, l’OL est, à l’heure actuelle, la 16e défense de Ligue 1 à égalité avec Rennes, Toulouse et Metz …

Il faut donc s’attendre à un OL différent des années précédentes : moins spectaculaire, plus solide, plus direct. Justifiant, un peu, le choix de l’entraineur lyonnais de se séparer de joueurs créateurs comme Mammana ou Darder. Et lorsque l’espagnol évoquait ses souhaits pour la saison à venir, on comprend un peu mieux pourquoi il aurait eu du mal à s’épanouir dans cet OL 2016-2017 : « Je veux que Marcelo, par exemple, soit capable de me donner la balle quand il me voit pour se sortir de situations compliquées ». Contre Rennes, cela n’a pas vraiment été le cas …

Débuts prometteurs avec l’Espanyol

 Tout juste arrivé, Sergi Darder fait déjà l’unanimité dans sa nouvelle équipe avec 6 titularisations en 6 matchs pour un bilan : de deux défaites (contre le Barça et le Real …), deux nuls et deux victoires. Par ailleurs, il a même été élu à deux reprises homme du match côté Espanyol…

La gestion des émotions, le gommage de ces quelques maladresses défensives, l’amélioration de son binôme avec Tousart, des défenseurs qui le trouvent pour relancer, un équilibre à trouver entre Fekir et lui pour venir chercher les ballons … là était sans doute la solution pour une optimisation maximale de Sergi Darder dans le collectif lyonnais. Mais Bruno Genesio en a jugé autrement en préférant se rassurer défensivement plutôt que d’accentuer le potentiel offensif de son équipe. Comme pour Mammana (parti au Zenit), le départ de Darder laissera un gout d’inachevé.

 

 

 

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