Header Social Gones
Bruno Genesio : la moue dure trois ans
24APR
  • Publié le 24/04/2019 à 22:20 par Abonné

Bruno Genesio : la moue dure trois ans

Ça y est. Ce qui devait arriver arriva : après trois années et demies passées sur le banc lyonnais, Bruno Genesio renonce à poursuivre l’aventure avec son club de cœur. Il ne sera donc plus l’entraîneur de l’OL la saison prochaine, et tirera sa révérence au soir de la dernière journée d’un championnat bien terne.

C’est une histoire d’amour qui prend fin pour l’enfant du pays devenu indésirable chez lui, dans son propre jardin. Une idylle à sens unique, ponctuellement jalonnée de soubresauts heureux et jouissifs, mais rarement durables. Retour sur une rupture déchirante mais inéluctable... à un moment charnière d'une saison à l'issue encore bien incertaine.

La dure loi des stats

Le constat est froid et implacable. En trois saisons à la tête de l’Olympique Lyonnais, Bruno Genesio n’a glané aucun titre. Pour l’OL, la dernière consécration nationale remonte même à 2012. À l’époque, Alexandre Lacazette goûtait à ses premières titularisations dans l’équipe première... Une éternité pour le second budget de Ligue 1. Malgré une belle aventure européenne en 2017 qui hissa les Rhodaniens en demi-finale de Ligue Europa – on se satisfait de ce qu’on peut –, rien à ne se mettre sous la dent pour un Bruno Genesio qui a repris le navire OL à la Noël 2015.

L’argumentaire tout trouvé et démagogique du « oui mais Paris » ne tient aujourd’hui plus debout : rien ne justifie que l’OL termine encore à plus de 20 points de l’ogre parisien en L1, alors même qu’il a su le renverser à nouveau lors d’une confrontation directe il y a quelques mois en championnat. Pire, le Racing Club de Strasbourg est parvenu à soulever la coupe de la Ligue cette année, au nez et à la barbe des poids lourds français, dans une finale inédite mais vivifiante face à l’En Avant Guingamp. Une leçon d’humilité pour la globalité du collectif lyonnais, cette année encore suffisant et défaillant.

City - Lyon, le cache-misère

Au mois de septembre, l’Europe du football s’est fascinée pour le coup de maître réalisé par les Gones sur la pelouse de Manchester City. Les experts du ballon rond étaient alors unanimes : le grand Lyon était de retour et allait réaliser une énorme saison. Il y avait clairement de quoi être prétentieux à l'époque tant la partition en terres mancuniennes fut parfaite : un jeu fluide et visionnaire, des mouvements collectifs léchés, une aisance technique retrouvée sur le terrain et rarement égalée, etc. Pep Guardiola criait lui-même au génie.

Oui mais. Depuis cette performance retentissante, plus une victoire sur le plan européen pour les hommes de Bruno Genesio, et un parcours en Ligue 1 à la limite du tolérable : l’OL aura donc surfé toute l'année sur ce match référence, sans jamais parvenir à rehausser son niveau de jeu. Pire, face à des équipes beaucoup plus faibles, les joueurs lyonnais se sont continuellement sabordés. Rarement dans l'histoire de l'OL une équipe aura semblé aussi dangereuse pour elle-même. Partant, seule une place sur le podium en fin de saison devenait envisageable... Ainsi que de belles performances dans les coupes nationales. On connaît la suite.

Les derniers jours d’un condamné

Alors oui, la responsabilité de l’échec de l’entraîneur lyonnais est évidemment partagée. Faire le procès d’un seul homme en évacuant l’environnement sportif et communicationnel nauséabond du club relèverait de l’acharnement pur et simple. Pointer du doigt Bruno Genesio sans évoquer ceux qui l'entourent au quotidien, à savoir son président et ses joueurs, tiendrait de la gageure. Qu’on se le dise : non, Bruno Genesio n’est pas l’unique facteur explicatif du contexte délétère qui règne actuellement du côté de Décines et qui fait doucement vaciller les fondations de l’institution OL.

À ce titre, on ne peut que regretter l’énorme décalage entre la communication présidentielle et la réalité sportive de l’Olympique Lyonnais : depuis 2 ans, avec l'arrivée de mercenaires à l’envergure plus ou moins « internationale » entre Rhône et Saône, l’OL a voulu jouer les gros bras en annonçant vouloir concurrencer le PSG. Depay, Traoré, Dembélé... Le front de l’attaque lyonnaise avait de l’allure fin juillet 2018, sur le papier. Dans les faits, de jeunes espoirs européens au mental un tantinet vacillant et qui ont tout à prouver, mais déjà présentés par l’OL comme les stars de demain. Le pari pouvait être gagnant ; il ne l’a pas été.

Des joueurs (qui se voyaient déjà) en haut de l’affiche

Plus que les désillusions comptables, le comportement du onze lyonnais sur l'année laisse pantois. Et les interrogations pleuvent. Le taiseux Fekir, après son départ avorté à Liverpool l’été dernier, aurait-il dû conserver son brassard de capitaine ? Outre ses blessures à répétition, était-il vraiment dans ses meilleures dispositions psychologiques pour garder le cap et mener l’OL sans arrière-pensées ? Sans que ses envies d’ailleurs ne prennent le pas sur sa saison ? Comment ne pas évoquer aussi la versatilité d’un Depay, l’inconstance d’un Traoré, la suffisance d’un Cornet, la nonchalance d’un Ndombélé ?

Les jeunes pousses et autres « pépites » de la maison OL, comme Aouar ou Tousart, présentées comme le futur radieux de l’OL et de l’équipe de France, étaient-ils déjà suffisamment armés pour endosser dès cette saison autant de responsabilités dans l'entrejeu lyonnais ? Au vue de leur deuxième partie de saison, la réponse est évidemment négative... malgré l'excellent match effectué par le premier cité contre Angers vendredi. Mais là encore, inutile de pointer l’individuel. Le problème est ailleurs.

À l’heure où l'on annonce un vestiaire au bord de l’implosion, que peut faire Genesio face à l'absence de motivation de ses troupes ? Coincé entre un président orwellien et un vestiaire vraisemblablement peu concerné pour qui « l’amour du maillot » semble être un concept abstrait, le technicien rhodanien a pour ultime mission de sauver une équipe malade. La maintenir à flot en la qualifiant pour la Ligue des champions, afin de quitter le navire sereinement, la tête haute.

Pour sa défense, Bruno Genesio peut malgré tout se targuer de quelques réussites notables : l’année dernière, son équipe a obtenu le plus grand nombre de points en championnat depuis plus de 10 ans, ce qui, n’en déplaise à ses détracteurs, constitue une véritable prouesse. De plus, lors de l’exercice 2017- 2018, l’OL a inscrit le plus grand total de buts de son histoire dans l’élite française, grâce à une attaque de feu et des joueurs en surrégime. Pas assez cependant pour déstabiliser le club de la capitale, intouchable et dont l’absence de concurrents crédibles peut lasser à la longue.

Premier d'Angers écarté ! 

Si, pour l’heure l’OL est sur le podium et ne vit rien de fondamentalement dramatique, une rechute face à Angers vendredi aurait placé ses poursuivants dans une situation idéale. Mais il n'en a rien été, et Lyon a répondu présent. Enfin. Mais un scénario catastrophe n'est pas à sous-estimer dans un futur proche, tant la période est incertaine. On pense notamment au dangereux voisin stéphanois, qui voit semaine après semaine l’écart se réduire avec le club de Jean-Michel Aulas. 

L’OL se trouve sur une copie conforme aux fins de saison précédentes, à la seule différence que le lion chasseur devient chassé. La dernière ligne droite amène généralement 9 victoires en 10 matchs, ce qui permet bien souvent de clouer le bec à moult calomniateurs... Cette fois-ci, cependant, tout pourrait s’inverser et Lyon bel et bien plomber sa saison. Alors attention !

Clap de fin

Le divorce amorcé entre Bruno Genesio et une large frange des supporters lyonnais ne date pas d’hier. À l’issue d’une énième saison blanche sans grands frissons, celui qui est arrivé au club avant JMA va s’en aller. Toute rupture a son lot de détresse, de regrets et d’amertume. Celle-ci n’échappera pas à la règle. La sympathie portée à celui qui a participé activement à l’éclosion de très bons joueurs restera pour autant intacte. Car un gone reste un gone. Au fond, Bruno Genesio a fait preuve d’une grande sagesse en annonçant son départ. En prenant cette décision contre son gré, le manager lyonnais prône l’union sacrée. Et met ainsi les intérêts du club avant les siens. Une attitude à l’image de ce qu’il semble être : modeste et à l’ancienne, défendant bec et ongles son collectif et l’Institution.

Des valeurs bien lointaines et sûrement plus très en phase avec le football actuel et l’égocentrisme exacerbé des nouvelles générations de joueurs instagrammisées. Genesio sait, mieux que quiconque qu’il faut quitter la scène quand on ne sait plus jouer la comédie. Et comme le veut l’adage, mieux vaut une vive rupture que de lents pourrissements… Alors, bon vent Bruno. Ou que tu ailles, quoi que tu fasses, tu resteras l’un des nôtres. Pour le meilleur et pour le pire.

Antoine Lex