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OL-ASSE : récit d’une rivalité historique
30OCT

OL-ASSE : récit d’une rivalité historique

Confrontation attendue et souvent exaltée, le derby opposant l’OL à son voisin stéphanois est le plus authentique de France. D’où tient-il son origine et quelle en est l’histoire ? Éléments de réponse.

Si l’opposition est aujourd’hui footballistique, l’histoire commune entre Lyon et Saint-Étienne remonte à plusieurs siècles. Un temps où le ballon rond n’était pas encore entré dans le cœur des Français. Depuis toujours, en effet, tout semble opposer les deux cités : la grande ville, Lyon, face à la petite, Saint-Étienne, la bourgeoise face à l’ouvrière, la soie face au charbon, etc. Les préjugés, parfois vérifiés, ne manquent pas, à tel point qu’une sorte de défiance s’est petit à petit installée entre les deux camps.

OL-ASSE : récit d’une rivalité historique

Cependant , cela n’a pas toujours été le cas puisque des combats ont été menés conjointement. Dans l’excellent ouvrage Le Derby, Claude Cretin, sociologue, évoque un fait historique assez méconnu : « En 1793, Lyon a fait sécession et s’est révolté contre le pouvoir parisien. Une bonne partie des Stéphanois a pris fait et cause pour les Lyonnais ». Finalement, cet épisode a entraîné la séparation du département de Rhône-et-Loire, mettant fin à la réunion entre Lyonnais et Foréziens, et permettant aux nombreuses divergences de refaire surface. Ainsi, quand, en 1951, la première confrontation balle au pied a lieu, c’est assez logiquement, au vu de la proximité géographique et du passif entre les deux villes, que la rivalité s’ancre dans le domaine sportif. Le derby est né.

OL-ASSE : récit d’une rivalité historique

Les premières éditions sont assez équilibrées sur le terrain et bon enfant en tribunes. Dans les années 1950, les oppositions sont rares, la faute à un OL qui peine à enchaîner en Première division. Cependant, les Gones s’offrent le tout premier derby de l’Histoire sur le score de 4 buts à 2 du côté de Gerland et s’imposent également sur la plus petite des marges dans le Forez, le 2 octobre 1955. Si la première décennie d’existence de l’OL réussit plutôt aux Rhodaniens face aux Verts, il n’en est pas de même pour les suivantes qui voient l’ASSE dominer aussi bien sur le plan régional que national. Parsemée de belles victoires comme en avril 1971 avec un fabuleux triplé du « petit prince » Di Nallo, la période oblige les supporters lyonnais à vivre dans l’ombre d’Aimé Jacquet ou d’Hervé Revelli. Ces deux derniers se trouvent ainsi sur la pelouse de Gerland à l’occasion d’un match à sens unique qui se termine sur un improbable score de 1-7 et provoque la colère et l’incompréhension du coach d’alors, Aimé Mignot. À Geoffroy-Guichard, les Lyonnais souffrent du même mal et doivent encaisser deux sets de tennis, en 1964 et en 1970, à chaque fois sur le score de… 6-0. Pour couronner le tout, les années 70 sont celles de la fameuse épopée des Verts et des poteaux carrés de Glasgow. Dans le même temps, l’OL n’existe pas sur l’échiquier européen et doit se contenter de beaux parcours en Coupe de France.

OL-ASSE : récit d’une rivalité historique

Malheureusement, ce ne sont pas les années 1980 qui vont donner du baume au cœur aux fans des Rouge et Bleu. L’OL vit la pire période de son histoire et passe une grande partie de la décennie en Deuxième division, échouant à plusieurs reprises au stade des barrages. Aucune victoire dans le derby en terre ennemie à se mettre sous la dent, mais un fait historique : en septembre 1980, l’OL réalise un bon début de saison et reçoit son pire ennemi dans l’antre imaginée par Tony Garnier. Un élan populaire gagne la ville de Lyon et Gerland connaît sa plus grosse affluence avec un chiffre officiel 48 552 spectateurs, mais plus de 50 000 en réalité ! Si le score final est nul et vierge, ce match constitue néanmoins une parenthèse enchantée dans une période tourmentée.

 De retour en D1 et désormais dirigé par un certain Jean-Michel Aulas, l’OL se ressaisit et fait le match avec « Sainté ». Le 15 septembre 1990, les coéquipiers de Bruno Genesio remportent un derby désormais mythique. Dominé pendant l’intégralité de la rencontre, les hommes de Raymond Domenech ouvrent le score à 10 minutes du coup de sifflet final de M.Bouillet sur un but contre son camp de Sylvain Kastendeuch à la réception d’un centre anodin d’Ali Bouafia. L’OL réalise un véritable hold-up et les fans savourent, d’autant plus quand c’est le fameux Dominique Blanchard qui officie au micro !

 

En 1994, l’OL s’incline lourdement à Geoffroy-Guichard (3-0), la dernière contre-performance avant très longtemps… Effectivement, ce n’est un secret pour aucun supporter lyonnais, les années 2000 marquent l’apogée du club rhodanien. Sept titres de champion de France, 1 Coupe de la Ligue, 1 Coupe de France et surtout une multitude de derbys soit gagnés, soit frappés du sceau de la frustration pour nos amis du 42. Les Gones vont ainsi devenir spécialistes du choc arraché à la dernière seconde : Delmotte, Govou, Juninho, Benzema, Briand… Autant de joueurs qui ont fait taire GG ou exploser Gerland alors que les 90 minutes touchaient à leur fin. La mémoire étant subjective et sélective, au contraire de l’Histoire, les Stéphanois ont dû depuis longtemps refouler les douloureux souvenirs de ce début de siècle et surtout un certain déplacement d’avril 2006.

 

Mais la période voit surtout la radicalisation du derby et l’émergence de tensions et de violences en tribunes. « Les Gones inventaient le cinéma quand vos pères crevaient dans les mines », « La chasse est ouverte : tuez-le » : des messages emplis de haine qui contrastent fortement avec l’atmosphère fraternelle des années 1950. Les interruptions de match deviennent fréquentes, comme au cours de la saison 2006/2007 où des incidents contraignent les forces de l’ordre à employer des bombes lacrymogènes. Ces dernières années, le derby s’est resserré sportivement, accentuant un climat délétère et entraînant de nombreuses interdictions de déplacement. Les vols de bâche respectifs et les déclarations présidentielles ont également leur importance au moment d’aborder le match le plus important de l’année. On peut aussi évoquer ici le cas bien particulier des joueurs ayant franchi le Gier récemment. En passant d’une institution à l’autre, ils se sont mis deux publics à dos et leur retour dans le Chaudron ou à Gerland a souvent été difficile. Ce fut le cas pour Frédéric Piquionne, Bafetimbi Gomis ou Francois Clerc dernièrement. Un accueil hostile qui était bien moindre auparavant pour des joueurs tels que Eugène Njo-Léa ou Bernard Lacombe, et qui symbolise donc la tournure qu’à pris la plus fameuse des rivalités.

OL-ASSE : récit d’une rivalité historique

L’OL reste sur trois défaites de l’autre côté de la « frontière », trois revers sans inscrire un seul but. Depuis le 100e derby, les défaites lyonnaises se multiplient. Dimanche 5 novembre, il n’y aura pas le droit à l’erreur dans le Chaudron.

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