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Affaire de l’édito : réseaux sociaux et « delirium twittens »
25SEP

Affaire de l’édito : réseaux sociaux et « delirium twittens »

Il a suffi d’une photo, une simple photo de l’éditorial d’un mensuel des Bad Gones pour remettre l’OL sous le feu de projecteurs avides de justice à l’emporte-pièce et de sensationnalisme vendeur. Il faut dire qu’en ce moment, il en va des à-côtés de l’OL comme des trains, à savoir qu’une affaire peut en cacher une autre.

À peine remis de l’escarmouche nocturne de Bruno Genesio, il y a trois semaines, l’OL, son staff et tout ce que le club compte de « suiveurs » se retrouvent confrontés à une nouvelle polémique. À l’origine, donc, l’édito d’un magazine du kop lyonnais qu’un jeune pompier volontaire de l’Ain photographie et transmet à un ami au Groupama Stadium, dimanche soir.

Affaire de l’édito : réseaux sociaux et « delirium twittens »

C’est le « départ de feu » qui se propage vite sur les réseaux. Classique en 2018. Dans cet article, des termes peu flatteurs quant aux Marseillais en déplacement à Décines, mais si la virulence lexicale peut choquer les âmes sensibles, rien d’exceptionnel, en réalité, dans la terminologie d’un kop. Pour autant, on trouvera légitimement l’allusion au sida de fort mauvais goût, et c’est sans doute ce point qui a incité une sénatrice des Bouches-du-Rhône à demander des sanctions à Gérard Collomb, notamment.

Outre que ladite sénatrice semble un peu tout mélanger et oublier que les supporters de l’OM sont eux-mêmes loin d’être des parangons de vertu (cf. par exemple les incidents qui leur ont valu un huis-clos contre Francfort jeudi dernier), la véhémence de l’édito des BG87 – reconverti en « tract » dans de nombreuses dépêches peu soucieuses d’exactitude (faut-il en déduire que le terme « tract » est plus accrocheur ?) – n’a rien de spécifiquement lyonnaise. Personne n’a oublié la « consanguinité » nordiste affichée sur un PSG-Lens ou le fameux « La chasse est ouverte, tuez-les tous » des Stéphanois, il y a une dizaine d’années. Déjà à l’époque, les banderoles n’étaient pas passées inaperçues.

Aujourd’hui, plus rien ne passe (au point que JMA, le préfet, la LFP et même l’assureur Groupama ont réagi !) et ce qui n’aurait fait, il y a 20 ou 30 ans, qu’un entrefilet dans la presse est désormais jugé à l’aune de Twitter et de Facebook, loupes grossissantes du moindre écart de conduite et défouloirs publics notoires. Le réseau social à l’oiseau bleu, en particulier, est devenu un bras à part entière de la justice, et pas seulement celle des « SJW » (Social Justice Warrior). On ne s’embarrasse plus du recul nécessaire, de la mise en contexte. Le second degré (perçu comme tel) y devient aussi rare qu'un bidon d’essence dans Mad Max et le sentiment de persécution y prospère, au point de friser parfois le delirium tremens (ou twittens) et de déteindre partout. On se souvient de l’esclandre qui nous était venu du Forez en 2015 lorsqu’il avait été envisagé de ne pas avoir de siège n° 42 dans les tribunes du Parc OL. Rien de bien méchant, pourtant.

S’agissant de l’édito incriminé – qui a aussi le malheur d’intervenir après qu’un abruti lyonnais (oui, ça existe, comme partout) a été filmé bras tendu du côté de Manchester et aussitôt interdit de stade par un OL ultra réactif – on déplorera donc les proportions prises par une pratique loin d’être nouvelle, mais qui n’a manifestement pas encore intégré tout ce que la société policée de 2018 est disposée à tolérer. Et si cette tendance à la « surréaction » dépasse largement le cadre du foot pour s’appliquer à la vie civile en générale (médias, politique, questions sociétales, etc.), on peut espérer que le diktat de la bien-pensance laisse encore une petite place au chambrage, pourvu qu’il ne soit pas totalement déplacé (on se passera donc des références à une maladie qui fait des ravages). Histoire de ne pas aller voir un match de foot comme on va au théâtre.

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