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Affaire Bruno Genesio : entre enfumage médiatique et omerta sauce Nantua
08SEP

Affaire Bruno Genesio : entre enfumage médiatique et omerta sauce Nantua

En 2018, à Lyon, la vérité d’un banal incident peut parfois mettre cinq jours à nous parvenir…

Dimanche dernier dans la soirée, une chape de plomb s’abattait sur Lyon. Une vidéo de 14 secondes montrait Bruno Genesio en train de « courser » un ou plusieurs individus à la sortie de l’Azar Club, dans le quartier de Confluence, en éructant une menace qui aurait fait la « une » du journal L’Équipe en d’autres temps. Ou disons plutôt, en d’autres circonstances. Très vite, on nous expliquait que sa fille avait été prise à partie, insultée, par des supporters lyonnais, et presque aussi vite, tout le Landernau médiatico-sportif de la capitale des Gaules – et de la Gaule tout court – s’émouvait comme un seul homme de la nouvelle et se révoltait de tant de bassesse.

Comme nous l’indiquions dans notre brève du lendemain, lundi 3 septembre, en des termes évasifs, une deuxième version circulait, moins théâtrale, moins tragique et, somme toute, infiniment plus banale pour une sortie de boîte de nuit. Dans son numéro de ce samedi 8 septembre, L’Équipe valide – enfin ! serait-on tenté de dire – cette seconde piste. Le journaliste Hugo Guillemet a pu recueillir les témoignages qui échappaient de manière incompréhensible à la presse depuis près d’une semaine. C’est à se demander si ladite presse les avait réellement cherchés. On imagine l’ambiance en salle de rédaction entre un jeune gratte-papier avide de vérité et les ténors Duluc, Penot et consorts, commis d’office de « l’Institution » à longueur d’année.

Sans qu’on sache trop pourquoi, une omerta digne d’un lendemain de règlement de compte à Palerme semblait jusqu’ici lester de plomb la Métropole lyonnaise. Des témoignages parfois riches de détails fuitaient bien sur les « réseaux », mais toujours dans l’anonymat. Même des habitués du contexte local se heurtaient à cette subite loi du silence, laissant planer l’ombre d’une paranoïa insensée ou de possibles menaces.

Des consignes auraient même circulé parmi des groupes de supporters pour que rien ne se sache. Sur ordre de qui ? À l’heure de Twitter, Whatsapp ou Snapchat, difficile cependant de tenir sa langue. H. Guillemet, qui a donc refermé la parenthèse du secret, nous confirme ce qui se savait déjà plus ou moins : Bruno Genesio a dîné dans un premier restaurant (nous ignorions cette première étape), s’est fait conduire dans un second, La Maison, dans le 7e arrondissement (la chose se savait – à noter que rien n’est dit d’une première escarmouche ici, où un ami quelque peu alcoolisé du coach se serait montré insistant avec une voisine de table), puis a traversé le Rhône pour rejoindre l’Azar Club où sa fille se trouvait déjà avec des amis.

Là, un inconnu aurait d’emblée souhaité prendre une photo de l’entraîneur rhodanien et, devant son refus, se serait mis en tête de le photographier avec sa fille. Colère du coach, empoignade, insultes. Le désordre classique d’une soirée arrosée qui se termine aux portes de l’établissement après que les videurs ont fait leur office. À aucun moment, le facteur « supporter de l’OL » n’est intervenu. À aucun moment, Mlle Genesio ne semble avoir eu maille à partir avec qui que ce soit. L’inconnu était assurément un balourd, mais il n’était rien d’autre que cela et, jamais, n’a évoqué la saison du club ou les résultats actuels, quoiqu’il y ait à redire.

Qu’importe. Il fallait – une fois de plus – sauver le soldat Bruno, déjà dans le viseur d’un public ingrat que la campagne #OLbeaujeu ne réussira pas à adoucir, loin s’en faut. Ingurgitant avec gourmandise les fadaises de la première heure, UNFP, joueurs anciens ou actuels, consultants, journalistes, et même politiques y sont allés de leur condamnation du supporter par contumace. L’Équipe de Duluc ? Une petite Pravda, époque Komintern, doigt sur la couture. Edward Jay, l’envoyé spécial de RMC en Rhône-Alpes ? Un séide aux ordres, craignant de perdre ses entrées au club. Rémi Garde ? Sans doute ne lui a-t-on servi, comme à Lacazette, qu’une version favorable à son ami si décrié : celle du Politburo lyonnais. Pas sûr qu’il ait eu envie d’en entendre une autre, de toute façon.

Plus d’ingrédients qu’il n’en faut pour nourrir une fable comme on prépare une bonne sauce Nantua, bien onctueuse et, surtout, bien épaisse. Et pour ce qui est de la quenelle qui l’accompagne, on vous laisse deviner à qui elle était destinée…

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