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GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)
07JUN
  • Publié le 07/06/2018 à 12:28 par Hugo B

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)

« J’ai une bonne étoile au-dessus de ma tête. Ça peut s’arrêter demain, vous pourrez dire que j’en ai bien profité, et surtout que j’ai eu toutes les chances du monde. »

Note : cette interview a été réalisée le mercredi 1er novembre 2017 et ne tient donc pas compte des événements postérieurs à cette date (derniers matchs des Bleus, notamment).

Partie 5 : l’Équipe de France actuelle et la Coupe du monde en Russie

Dans cette cinquième partie, Grégoire Margotton nous parle de la génération actuelle, de nos chances à la coupe du monde en Russie, des joueurs qu’il apprécie ou encore de son scénario rêvé.

 

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)

Sur l’Équipe de France actuelle et la Coupe du monde

« Si on arrive avec tous les talents, moi, je suis assez optimiste, quand même. […] Je suis plus dans l’accompagnement que dans le dénigrement systématique. »

Comme je ne suis pas supporter, je ne peux pas me comporter comme quelqu’un qui discute avec des potes et qui se dit : « T’as vu, c’est nul, on se fait chier ! ». Je ne fonctionne pas comme ça. Je sais que c’est compliqué, que c’est difficile. Je sais pour m’y être replongé qu’en 98, quelques mois avant, ça ne ressemblait à rien. Tout le monde taillait l’Équipe de France, mais ça ne les a pas empêché de faire des matchs d’une grande solidité en Coupe du monde… Et il n’y avait pas que des défenseurs. Il y avait vraiment une belle équipe. S’ils sont champions du monde, ce n’est pas pour rien. Donc voilà, je ne m’inquiète pas plus que ça.

Évidemment, je préfèrerais commenter à chaque fois des matchs comme celui qu’ils ont fait contre les Pays-Bas : 4-0, tout fonctionne, ça ressemble à quelque chose. Mais je sais que ce n’est pas possible tout le temps. On n’est pas l’Espagne, on n’est pas l’Allemagne, on est autre chose. On n’a pas une école de foot ou un style ancré depuis toujours. On s’adapte à nos forces, à nos faiblesses. On a des générations, on a des creux, on a des bas. Là, je pense qu’on a vraiment tout pour avoir un haut. Le plus important dans un groupe de sportifs français, et surtout de footeux, c’est que les types aient envie d’aller ensemble à la guerre – et je n’aime pas ce mot-là – mais qu’ils aient envie d’y aller ensemble.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)

À partir du moment où vous avez une ou plusieurs personnes à l’intérieur de l’équipe, ou même le coach, qui sait faire, on peut surprendre et aller loin, un peu comme au rugby. On peut s’éclater comme des vieux flans ; on peut aussi aller très loin. Et c’est ce que j’aime avec l’Équipe de France. On n’est jamais sûr. Ce dont on est sûr, toujours, c’est qu’ils vont se faire tailler jusqu’au bout. Ça, c’est clair, et ils en ont l’habitude, mais moi, je n’ai pas envie de rentrer là-dedans. Ce n’est pas parce que je suis commentateur des Bleus que je ne le ferai pas, mais je sais tellement comment ça se passe. C’est compliqué d’être sélectionneur ; c’est compliqué, avec des rassemblements d’une semaine, d’arriver à dégager quelque chose.

Ce que je sais aussi, c’est qu’il faut que les types fassent une bonne saison dans leur club et qu’il n’y ait pas de blessés importants. Il ne faudrait pas qu’il y ait Mendy sur le carreau, plus Dembélé, plus untel, plus untel, arrivé au mois de juin. Là, ça deviendrait compliqué. Si on arrive avec tous les talents, moi, je suis assez optimiste, quand même. Il y a plein de choses – il faudra voir le tirage au sort, il faudra voir le groupe – mais quand même, sur le papier, vous pouvez être dans les quatre derniers, évidemment. Et puis après, dans les quatre derniers… Sur le match à Marseille à l’Euro, l’Allemagne doit battre l’Équipe de France 9 fois sur 10, on le sait bien. Et bah non, ce soir-là, elle ne la bat pas et elle est battue 2-0. La France en finale doit battre le Portugal 9 fois sur 10. Et bah ce soir-là, elle ne gagne pas. C’est comme ça. Si ça se trouve, on ira en demi-finale contre l’Allemagne et on en prendra 7. Je ne crois pas, mais voilà…

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)

Potentiellement, il y a quand même de très belles choses et de très beaux joueurs. Au-delà du style de l’équipe et des « Eh, y’a pas de fond de jeu, y’a pas ci, y’a pas ça », moi, ce qui m’intéresse, c’est qu’il y ait des talents, et des talents avec des profils et des couleurs différentes. Et je trouve qu’il y a plein de couleurs différentes dans cette équipe. [...] Je suis plus dans l’accompagnement que dans le dénigrement systématique. Je ne me dis pas : « Ah bah regarde ce qu’il en fait de son matériel humain, il devrait faire 20 fois mieux ». Peut-être qu’il fera 20 fois mieux dans un an, peut-être qu’il ne pouvait faire que ça contre la Bulgarie et la Biélorussie, mais en attendant, ils se sont qualifiés. Ce n’était peut-être pas très beau, mais c’est fait.

Ce qui m’inquiète plus, si c’est vrai, c’est quand j’entends dire que des joueurs de l’équipe en ce moment [au 1er novembre 2017, ndlr] ne se parlent pas trop, qu’il y a des petites tensions et que, humainement, ce n’est pas le paradis. Ça, ça m’inquiète beaucoup plus qu’une absence de style de jeu. Ça, il faut que ce soit réglé vite, autrement il ne se passera rien. Si les types n’arrivent pas à avoir un peu de jugeote et à comprendre que, pendant un mois, ce n’est pas parce que l’un marquera deux buts de plus que l’autre que ça se passera mal, et que c’est le plus important… Non, ce n’est pas ça, le plus important. Guivarc’h, il n’a pas mis un but en 98, mais qu’est-ce qu’il a bossé pour les autres, qu’est-ce qu’il a travaillé ! Il faut revoir les matchs pour comprendre et avoir un peu de recul. J’essaye d’avoir un peu de recul. Mon grand âge et le fait que j’ai quand même 25 ans dans ce milieu font que j’essaye d’avoir du recul avant les événements. Il faut en avoir avant, pas simplement après.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)

Bien sûr que le « café du commerce » et certains médias sont obligés d’alimenter la polémique. Ils ne vivent que par ça, c’est logique, c’est leur fond de commerce, c’est comme ça, c’est leur politique éditoriale, je ne la condamne pas. Mais moi, je ne suis pas là-dedans. Ce n’est pas mon truc et ça ne l’a jamais été. J’espère pouvoir dire, s’ils sont éliminés en demi-finale en ayant été nuls, qu’ils ont été nuls. On le dira une fois aux commentaires et voilà. L’autre jour, contre la Bulgarie [le 7 octobre 2017, ndlr], j’ai dû dire « le 1-0 le plus pourri de l’histoire ». Je l’ai dit, sur TF1, que c’était pourri. Mais je ne vais pas aller au-delà, je ne vais pas dire : « Toi t’es nul, Kurzawa, c’est quoi ce centre de merde ? ». Non, ce n’est pas mon truc. En revanche, le match d’après, je vais dire que Kurzawa a manqué 23 centres, parce que j’aurai eu l’info entre temps et qu’on attend mieux de lui, mais pas plus que ça. C’est bon, il n’a tué personne et il n’est pas prix Nobel de littérature non plus. Tout va bien. C’est du foot.

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Les dernières listes, les joueurs et… la Coupe du monde

« […] si on arrive à cet équilibre-là entre des personnalités fortes qui arrivent à se parler les yeux dans les yeux, à s’engueuler et à progresser, avec des talents, ça peut faire mal. »

Benjamin Pavard en EDF ? C’est la confirmation que notre ami Sébastien Corchia n’est plus du tout dans les plans de Didier Deschamps, un petit peu comme Karim Benzema. Je pense que le type a dû faire un truc en interne qui n’a pas plu. J’aime bien Rabiot en Équipe de France, mais lui aussi, il va falloir qu’il franchisse trois, quatre paliers. J’adore Lemar et le petit Mbappe est effectivement phénoménal. Après, qu’est-ce que ça donnera ? Je ne sais pas encore et c’est ça qui est passionnant, mais il est phénoménal. J’aime bien aussi Kimpembe ; j’aime bien aussi Samuel Umtiti.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (5e partie)

Je trouve que LE joueur indispensable en Équipe de France aujourd’hui, c’est N’Golo Kanté. Je trouve que quand il n’y a pas Kanté, l’Équipe de France n’est plus la même. Et je pense qu’on va s’en apercevoir quand il ne jouera pas. Il est le point-pivot et je pense qu’il faut que ce groupe-là trouve un point-pivot psychologique. Je n’aime pas trop la notion de meneur d’hommes – ça ne veut rien dire – ou d’aboyeur… Il faut que, comme en 98, il y ait un, deux ou trois joueurs qui prennent le truc en mains collectivement. Pas pendant les matchs, mais pendant la vie de groupe. Je ne suis pas sûr que ce soit malheureusement le cas de N’Golo Kanté. Lui, il prend le truc en mains pendant le match, et il en faut aussi, mais si on arrive à cet équilibre-là entre des personnalités fortes qui arrivent à se parler les yeux dans les yeux, à s’engueuler et à progresser, avec des talents, ça peut faire mal, bien sûr.

Mais il y beaucoup de talents dans le monde, beaucoup de belles équipes, à nouveau… L’Allemagne, c’est monstrueux, l’Espagne, c’est à nouveau très fort, le Brésil, c’est à nouveau très fort. Elle va être magnifique, cette Coupe du monde. Elle peut vraiment être magnifique. On verra la Russie, mais… J’étais à la Coupe des confédérations, ils vont bien sûr réussir à l’organiser. Populairement, je ne sais pas comment ce sera, mais en tout cas, les stades et les matchs seront intéressants. Les Anglais ? Il y a plein de choses qu’ils font sans y arriver depuis 40, 50 ans même… Il y a plein de choses : le fait que leur championnat est au-dessus de tout pour eux ; le fait que leur championnat est très intense et que les types arrivent souvent en juin un peu lessivés ; le fait que, oui, ils ont eu des talents, mais pas de grands talents ; le fait qu’ils n’ont pas de sélectionneur digne de ce nom, selon moi, depuis longtemps.

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Après, ils sont en train de bosser avec des jeunes et les résultats sont là. Ils sont en train de montrer qu’ils ont des qualités de formation. Ça fait 10 ans que les académies commencent à fournir vraiment des beau talents en Angleterre. J’espère déjà que ces joueurs joueront en Premier League, car c’est ça la base. Il faut commencer à jouer dans des clubs à 17, 18, 19 ans… Et pourquoi pas ? Moi, je rêve d’une finale France-Angleterre, mais bon... ou France-Brésil, ça me va bien aussi, ou France-Allemagne. Voilà, c’est les trois qui me feraient « kiffer », les autres, moins. [...] France-Espagne, bof, moins, mais les trois autres, ouais.

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La 6e et dernière partie « Ses autres sports, ses rencontres, ses interviews » à découvrir très vite sur SocialGones.com.

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