Header Social Gones
GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)
01JUN
  • Publié le 01/06/2018 à 12:50 par Hugo B

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

« J’ai une bonne étoile au-dessus de ma tête. Ça peut s’arrêter demain, vous pourrez dire que j’en ai bien profité, et surtout que j’ai eu toutes les chances du monde. »

Note : cette interview a été réalisée le mercredi 1er novembre 2017 et ne tient donc pas compte des événements postérieurs à cette date (derniers matchs des Bleus, notamment).

Partie 4 : les tournants de sa vie professionnelle, l’Équipe de France et la Coupe du monde 98

Dans cette quatrième partie, Grégoire Margotton nous parle de sa vie professionnelle, de l’Équipe de France et de la préparation du documentaire 98, secrets d’une victoire, qui sera diffusé le 10 juin sur TF1.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

Les tournants de sa vie professionnelle

« […] commenter l’Équipe de France, c’est un privilège. Je ne dis pas que c’est le but de ma vie ni l’apogée de mon parcours professionnel, mais c’est un privilège. »

Ça ne me manque pas de ne pas travailler sur la politique ou les relations internationales, parce que je ne serais aujourd’hui qu’un commentateur de match de foot. Que ce soit une fois tous les trois mois pour TF1 ou trois fois par semaine pour Canal, je deviendrais fou. Au bout de 20 ans, je ne pourrais plus faire ça, c’est sûr. En revanche, j’ai toujours eu la chance, tiens, un dimanche, de commenter un match de foot, époque Canal ; tiens, le mercredi, de faire une émission sur les statistiques ; tiens, de préparer un documentaire sur Charlie et sur la façon dont le foot français a vécu les attentats. En ce moment, je fais un documentaire sur les 20 ans de la victoire en 98, ce qui va me prendre beaucoup de temps… Voilà, tant que je fais travailler mon cerveau à différents niveaux et sur différents plans, je suis heureux. Si j’étais mono-maniaque et mono-tâche, je deviendrais fou.

C’est pour ça que, quand je ne n’en pouvais plus du foot au bout d’une saison à faire Ligue 1, Ligue des Champions, et 60 matchs, l’athlétisme est arrivé à Canal et c’était génial. Aujourd’hui, j’ai un autre rythme, je fais moins de matchs, moins de déplacements. Ce rythme de déplacements de l’époque Canal ne me manque pas du tout. J’avoue que certains matchs de Ligue des Champions, arrivé à un certain stade, les huitièmes, les quarts, je les commenterais bien, mais je n’ai pas non plus ni de jalousie ni de souci avec ça parce que j’ai déjà eu la chance de le faire, et si vraiment ça me manque, je ferais en sorte de le refaire à nouveau. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas du tout. J’ai pris une direction. Et je ne regrette pas une seule seconde ce choix. Vous m’auriez dit il y a 10 ans : « Tu travailleras à TF1 ? », je vous aurai dit : « Vous rigolez ? Il n’en est pas question ! ». Mais parce que c’était une autre époque, parce que Canal avait beaucoup de choses, parce que j’étais heureux et que je ne me posais pas la question.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

Ça a été une maturation, ça a mis plusieurs années, et puis je me suis dit un jour : « Il faut bouger. Au bout de 25 ans, bouger, c’est bien ». Et puis, humainement, là où je me suis retrouvé, je suis heureux, je m’entends bien avec les gens. C’est une boîte qui, en interne, ne correspond pas à l’image que j’en avais, qui n’est pas très positive. Quand on est à Canal, TF1, c’est vraiment l’opposé, et vice versa d’ailleurs. C’est bien de connaître les deux côtés. Le rythme me convient, j’ai des enfants dont je peux m’occuper un peu. Enfin, j’ai un peu de week-end, le samedi je ne bouge plus. C’est vraiment le bon truc au bon moment.

Et puis surtout, commenter l’Équipe de France, c’est un privilège. Je ne dis pas que c’est le but de ma vie ni l’apogée de mon parcours professionnel, mais c’est un privilège. Je vais aller faire une Coupe du monde. Que dire ? Je vais dire « merci », juste « merci ». Et puis on verra dans les années à venir, je bougerai peut-être à nouveau. Maintenant que je l’ai fait une fois, je le ferai peut-être une autre fois. J’ai vu que c’était possible, en tout cas. Ce que je sais, c’est que je ne retournerai jamais à Canal, ça c’est sûr. Parce que ça ne sert à rien de revenir là où on a été, je crois. C’est fait, c’est fait. C’est fini. J’irai ailleurs, je ferai autre chose, mais alors sans aucune acrimonie, aucun problème. Je dois tout à Canal, donc je ne dirai jamais un truc négatif à son sujet. Je dois tout à cette boîte, elle m’a fait. J’ai un petit peu contribué à ce qu’elle a été aussi, à mon modeste niveau…

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

Je revois des gens de cette époque-là. Ce sont des amis qui sont restés assez proches et je m’aperçois qu’il y a un peu de nostalgie… Moi, je n’ai pas de nostalgie, je n’aime pas ce sentiment-là. Mais plein de collègues des années 80-90 me disent que le Canal de l’époque était mieux, que c’était mieux avant. C’est comme ça. Ça évolue. Je reconnais juste ma chance d’être tombé au bon endroit au bon moment. Peut-être aussi d’y avoir un peu contribué. Après, ce n’est pas à moi de juger de ça, je ne me rends pas compte. Une petite pierre sans doute, vu que j’ai participé à toutes les émissions. Une petite pierre...

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

À propos du documentaire du 10 juin sur la victoire à la Coupe du monde 1998

« L’idée, c’est l’exploit, raconté par ceux qui l’ont fait. […] on va essayer d’avoir au moins comme parti pris les acteurs et de répondre à cette question : « Pourquoi vous, les amis ? »

C’est clairement le truc le plus important de mon année, parce que c’est un enjeu important pour TF1. C’est vraiment une période parfaite pour revenir sur cet événement. Vingt ans après, les types ont entre 45 et 50 ans, ils s’expriment vachement bien, ils ont du recul sur ce qu’ils ont vécu à cette époque-là et, depuis, ils n’ont jamais été imités. Ce sont vraiment les seuls à avoir vécu ça. L’idée a priori, ce serait un prime avec TF1. Un prime sur du sport, TF1 ne le fait jamais, donc la pression est assez importante. On a intérêt à ne pas se louper. Je suis heureux de le faire car je ne le fais pas tout seul. On le fait à deux, avec un garçon qui est très complémentaire par rapport à moi car c’est un vrai documentariste. Il a fait des dizaines et des dizaines de documentaires « sérieux » entre guillemets. Pas de sport, mais sur la mafia italienne, sur la guerre entre Coca et Pepsi, sur des sujets comme ça. Il adore le sport.

On va unir nos forces et je pense qu’on se complètera parfaitement pour faire quelque chose qui, je l’espère, ressemblera le plus possible à un film. On est sur TF1, on ne va pas faire un truc sur Arte genre « Que reste-t-il de la France black-blanc-beur ? ». On n’est pas là pour faire une étude sociologique des conséquences de l’été 98, d’autant que ça a déjà été fait, plus ou moins. On est sur TF1, donc on va essayer de faire un « feel good movie ». L’idée, c’est quand même au maximum de dire à ceux qui pensent avoir tout vu de cette époque-là, ceux qui ont donc plus de quarante ans, plus de trente ans au moins, qui ont vu toutes les images, Les yeux dans les Bleus, etc., et qui connaissent tout ça par coeur : « Écoutez, on va vous faire un truc de 1h20 ou 1h30, on ne sait pas encore, mais ça va être assez long, vous verrez, et il y a plein d’images que vous n’avez jamais vues, vraiment ».

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

Le but, c’est d’aller chercher dans le monde entier le plus d’images possible qu’on n’a jamais vues. Le but, c’est d’être les seuls, et je pense qu’on sera les seuls, à avoir tous les acteurs. L’idée, c’est l’exploit raconté par ceux qui l’ont fait. On sera les seuls à avoir tous les joueurs, les seuls à avoir Aimé Jacquet, qui parle très peu depuis 20 ans. Je le connais bien, Aimé. J’ai bossé avec lui, j’ai longtemps commenté avec lui à Canal, et je suis très ému de le retrouver.

Ce n’est pas facile parce qu’il faut faire découvrir ce qu’a vraiment été cette période-là à ceux qui ont moins de 20 ans et qui ont vu, en gros, les deux coups de boule de Zidane en finale sur Youtube. Quant à ceux qui pensent tout savoir, il faut les surprendre et les faire pleurer à nouveau, parce qu’à chaque fois que moi je me remate Thierry Roland qui dit « Oh putain, mais c’est pas vrai ! Vous le croyez ça ? La France championne du monde ! Oh putain, mais c’est pas vrai ! », je pleure, c’est simple, je pleure à chaque fois comme une madeleine (rires). Donc, ça fonctionne, et en même temps, il y a des gens qui se disent : « Oh, encore 20 ans après, ils font chier ». Eux, il va falloir les surprendre, il va falloir faire un vrai film, dans la structure, et inventer des choses à ce niveau-là parce que c’est un peu comme Titanic : on sait qu’à la fin, le bateau coule. On sait qu’à la fin, ils vont gagner 3-0 contre le Brésil, ouais d’accord, donc il va falloir un peu surprendre. On est dans ce processus de création.

► La fameuse tirade de Thierry Roland, le 12 juillet 1998 :

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

J’adore les « docs », parce qu’on a parfois l’impression qu’on n’y arrivera pas, et puis deux jours après, tout à coup, tout s’éclaire. On est en montage à partir de janvier. Ça va être un truc sympa et je pense que si on arrive à leur fournir un truc bien fin mars, ils vont faire comme sait le faire TF1. J’ai un peu découvert ça depuis que j’y suis, depuis un an et demi : s’ils y croient, ça va être la grosse artillerie, ça va faire partie de la montée en puissance de la chaîne vers la Coupe du monde. Ce sera diffusé à la fin du mois de mai normalement [ce sera donc finalement le dimanche 10 juin, ndlr]. On va en faire des tonnes, dans le bon sens du terme, en espérant que derrière les tonnes, il y aura un travail bien fait.

Je suis très optimiste, en fait, parce que je suis à fond dedans, que la matière me plaît énormément et que c’est un exercice que j’adore. Il faudra écrire, structurer, imaginer un film, imaginer un commentaire. A priori, s’il y a un commentaire, je m’en occuperai, je le dirai, et ça aussi, c’est un exercice que j’adore. Poser une voix, c’est le bonheur. Après, il y a la Coupe du monde, des matchs de l’Équipe de France, d’autres trucs, mais c’est vraiment ça qui m’excite le plus cette année.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

J’imagine qu’il y aura plein de documentaires sur les 20 ans, sur France Télé, sur L’Équipe TV. Ils vont tous en faire. Nous, on va essayer d’avoir au moins comme parti pris les acteurs et de répondre à cette question : « Pourquoi vous, les amis ? Pourquoi vous, vous avez gagné ? Qu’est-ce qui fait que vous avez gagné ? Sur le coup, vous en pensiez quoi ? Vingt ans après, vous en pensez quoi ? ». On ne va pas aller chercher le conducteur du bus. On pourrait aller le chercher, faire plein de pas de côté, ne refaire que le 12 juillet, mais non, je préfère aller sur une période plus large : la préparation, toute la compétition, aller chercher des images partout dans le monde. Mais avec eux. Essayer de comprendre pourquoi ils ont gagné, et pourquoi, 20 ans après, ils sont les seuls à avoir gagné. Qu’est-ce qui a fait que cette équipe-là a réussi à passer tous les caps, à s’en sortir dans des matchs qui ont tous un relief dingue ?

Il ne faut pas aller chercher plus loin que ce que le sport vous offre : chaque match est un film dans cette Coupe du monde. Le premier contre l’Afrique du Sud, c’est Dugarry, c’est une histoire incroyable. Le Paraguay en huitième de finale, c’est incroyable. L’Italie en quart, c’est extraordinaire. La Croatie en demi, n’en parlons pas, et puis la finale… Chaque match est un film, alors racontons l’histoire. Essayons de le faire avec une structure qui soit intéressante à suivre, avec du suspense. Donnons envie aux gens de continuer à suivre le truc sans se dire : « C’est bon, j’ai vu 10 minutes, j’ai compris ». Il faudra être intelligent pour surprendre. Pour l’heure, on est dans les interviews, dans les bons témoignages, et on y arrivera sans problème parce que ces types-là ont vu leur vie bouleversée du jour au lendemain et, 20 ans après, ils en parlent vachement bien.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

Mais on ne va pas non plus être des béni-oui-oui, des bisounours. Bien sûr qu’ils ne sont pas tous potes. Pendant la compétition, ils n’étaient pas tous potes… Mais c’est quand même le plus grand exploit de l’histoire du sport français. Il y en a d’autres, mais celui-ci… Tout le monde sait ce qu’il faisait le 12 juillet, ça a marqué tout le monde, et ils vont nous le raconter. Moi, le 12 juillet, j’étais au stade, en tribune, bêtement, comme n’importe quel supporter. Je ne travaillais pas ce soir-là, je ne commentais pas la finale. C’était Thierry Gilardi et Biétry sur Canal. Je n’étais même pas mobilisé pour faire des trucs autour. Je me suis trouvé une place dans l’après-midi avec un collègue que j’aimais beaucoup. On s’est retrouvé au milieu d’un groupe de Japonais, très bien placés, à 5 mètres d’une ligne de touche.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (4e partie)

La 5e partie « L’Équipe de France actuelle et la Coupe du monde en Russie » à découvrir très vite sur SocialGones.com.

Suivez-nous sur Facebook