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Genesio : pourquoi l’OL doit tourner la page
23MAY
  • Publié le 23/05/2018 à 19:51 par Tang__S

Genesio : pourquoi l’OL doit tourner la page

Si la saison lyonnaise « chiffrée » est une réussite, la réalité est moins évidente et l’amertume d’une énième saison sans trophée pèse chez beaucoup de Lyonnais.

Une qualification pour la Ligue des champions, une moyenne de 2,15 buts marqués par match (8e équipe la plus prolifique d’Europe) et, au final, 78 points récoltés en Ligue 1 (meilleur total depuis le dernier titre lyonnais en 2008 avec 79 pts) : la saison lyonnaise « chiffrée » est une réussite. La réalité est pourtant moins évidente et l’amertume d’une énième saison sans trophée pèse chez beaucoup de Lyonnais. La satisfaction des comptes dans le vert et d’une nouvelle qualification de suite en coupe d’Europe ne suffit plus à un public impatient de célébrer à nouveau un titre place des Terreaux ou, plus simplement, de vibrer davantage en voyant l’OL jouer.

La nécessité d’un grand entraîneur

Avec l’installation dans le nouveau stade et un retour sur le marché des transferts qui s’est traduit par un investissement de 90,5 M€ sur 3 saisons, l’OL nourrit l’ambition de revenir sur le devant de la scène internationale. Or, il semble difficilement envisageable que Genesio ait les épaules pour y arriver. Dans le football européen actuel, le fait est qu’il est impossible de faire illusion sans un entraîneur de haut niveau : Leicester a été champion avec Ranieri, Séville a remporté 3 Ligues Europa consécutives avec Emery, Liverpool est en finale de Ligue des champions avec Klopp, et l’Atletico de Madrid a enquillé 5 finales de coupe d’Europe en 7 ans sous la houlette de Simeone. La récente finale – qui plus est à Lyon – de l’OM dès la première saison complète de Rudi Garcia sur le banc phocéen apparaît comme un signal d’alarme et une invitation à « tourner la page » pour Genesio, comme lui ont signifié les Bad Gones sur l’une des banderoles déployées face à Nice.

Le droit d’espérer mieux

Pour passer un cap, l’OL doit se tourner vers un coach d’une toute autre envergure. Cela semble évident. Dans les matchs où l’équipe était attendue, le manque de repères et de références au très haut niveau s’est fait ressentir. Crispé, regard vide, agacé, Bruno Genesio est apparu dans ces matchs-là sans solution, comme s’il portait un costume trop large pour lui. C’est aussi dans ce sens qu’un technicien habitué des grands matchs, de la pression – et plus charismatique aussi – pourrait permettre à l’OL de grandir et de franchir un vrai palier.

Les joueurs en devenir se retrouvent très vite convoités par des clubs d’un standing supérieur, mais il en va de même pour les entraîneurs. Dortmund attend Lucien Favre, Leonardo Jardim est régulièrement évoqué un peu partout, Sergio Conceição a quitté Nantes pour le FC Porto, Unai Emery sera sur le banc d’Arsenal. Alors qu’en est-il de Bruno Genesio ? Pourquoi est-ce qu’aucun club ne se l’arrache ? Pourquoi son nom n’est-il jamais cité nulle part ?

Objectifs partiellement remplis

Saison après saison, le rythme est cyclique à l’OL. En début d’année, des objectifs sont fixés ; en milieu de saison, ils sont revus à la baisse suite à des déconvenues ; et en fin de saison, l’OL termine fort et parvient à limiter la casse. Des objectifs synonymes de promesses pour les supporters.

Jean-Michel Aulas disait en juin 2017 : « Bruno a tous les éléments qu’il faut pour faire de grandes performances ».

Certes, l’objectif prioritaire était d’accrocher une place en Champions League et il a été atteint (en partie grâce à la victoire de l’Atlético face à l’OM), mais il se trouve qu’un an plus tard, les « grandes performances » espérées par JMA n’ont pas franchement été au rendez-vous. Éliminé piteusement des coupes nationales par Montpellier et Caen, et sorti minablement par le CSKA Moscou en Europa League (alors que l’objectif était de disputer la finale à Lyon), le club rhodanien présente un bilan loin d’être positif. Non, l’idée n’est bien évidemment pas de faire croire que l’OL aurait dû tout gagner, mais simplement de prétendre mieux que des sorties par le MHSC, le Stade Malherbe et les Moscovites. Sur ces échecs, l’entraîneur a forcément sa part de responsabilité. L’hégémonie du PSG n’explique pas tout.

Rivaliser avec le PSG

En effet, l’ultra domination parisienne sur la scène nationale ne permet pas de masquer et d’expliquer tous les échecs lyonnais. Les matchs contre le PSG, chaque saison et pour chaque équipe, se limitent à 2 (sur 38) et à 6 points sur un maximum de 114, et l’argument de la mainmise qatarie est d’autant moins recevable que, cette année, l’OL a réussi à en prendre 3 sur son sol face à Paris. Pourtant, à court terme et malgré les moyens pharaoniques parisiens, l’OL devrait être là, juste derrière, à l’affût du club de la capitale, à l’image de ce que réalise chaque saison l’Atlético de Madrid qui bouscule la hiérarchie Barça/Real dans un championnat bien plus relevé que la Ligue 1 avec deux locomotives bien plus fortes que le PSG.

Chaque année, se trouvent des exemples qui balayent l’excuse de l’infériorité économique. Cette saison, l’Atlético a donc fini devant le Real Madrid, Naples a titillé la Juventus jusqu’à la fin, et Francfort est parvenu à renverser l’ogre bavarois en finale de coupe d’Allemagne. Seulement voilà, la réalité fait que ses clubs ont à leur tête des techniciens d’un tout autre calibre que Bruno Genesio. Simeone fait parti des tout meilleurs, l’Europe s’arrache Sarri, et l’entraîneur de Francfort, Niko Kovač, a déjà signé au Bayern pour la saison prochaine.

Le style Genesio, c’est quoi ?

Bien que Bruno soit en place depuis maintenant plus de deux ans, la « patte Genesio » ne saute pas aux yeux quand l’OL joue. Changement de système dès que quelques défaites s’enchaînent, maintien d’un système dès la moindre suite de victoires... L’ancien milieu de terrain semble encore à la recherche de la bonne formule. Certes, les pertes de Tolisso et Lacazette n’ont pas facilité la continuité entre les deux dernières saisons, mais aujourd’hui encore, il est difficile de trouver un style de jeu, une identité à son équipe. L’an passé, la maîtrise du ballon semblait être l’objectif – achats de Mammana, Darder et Nkoulou articulés autour de Tolisso et Lacazette – mais après la crise de l’automne, les plans ont changé.

Les joueurs au profil plus offensif ont été sacrifiés au profit d’éléments plus défensifs : Mammana et Darder placardés, latéraux plus solides, double-pivot au milieu. Encore loupé : l’OL a coulé à Amsterdam dans cette configuration. Ajouter des joueurs au profil défensif ne fait pas mieux défendre, la base de tout demeurant l’animation.

Cette saison, une nouvelle ligne sportive est apparue – bloc plus bas, plus compact, jeu vers l’avant plus vertical – et des joueurs correspondant à cette philosophie ont été achetés : Marcelo, Traoré, Ndombele, Mariano, Tete. Le recrutement a été bon. Les joueurs se sont vite et plutôt bien intégrés. L’OL a été un peu plus solide : 1,08 « Expected Goals Contre » en 2016-2017, 0,98 « Expected Goals Contre » en 2017-2018.*

Néanmoins, l’OL est resté tout aussi inconstant et imprévisible. En témoignent les points perdus face à Dijon, Angers, Lille, Monaco et Strasbourg alors que les Gones menaient au score. Un échec à attribuer en partie à l’entraîneur qui n’est pas parvenu à régler ce problème récurrent. La jeunesse souvent pointée du doigt par Bruno Genesio n’explique pas tout, là non plus.

En effet, Liverpool, finaliste de la Ligue des champions cette saison, parfaitement huilé défensivement et solide dans les temps faibles, possède l’effectif le plus jeune d’Angleterre avec 25,7 ans de moyenne d’âge. Autre exemple avec Monaco en 2016-2017 qui présentait un effectif de 24,9 ans de moyenne contre 25,2 pour l’OL ; cela ne les a pas empêchés de finir champions de France et dans le dernier carré de la Ligue des champions.

Attaque de feu ou défense(s) de plus en plus fébrile(s) ?

Avec 114 réalisations en 53 matchs, l’OL version 2017-2018 est le second effectif le plus prolifique de l’histoire du club ! Un argument imparable dans le bilan du coach lyonnais. Il faut bien lui reconnaître ça : des choix forts dans la gestion des éléments offensifs, notamment avec Memphis en milieu de saison et Mariano sur la fin avec le « 4-4-2 losange ». Si le repositionnement du Néerlandais dans l’axe a été payant, il faut rappeler qu’il est survenu après que Ronald Koeman l’a replacé à ce poste en sélection.

Cette remarquable performance est cependant à replacer dans le contexte d’une Ligue 1 toujours plus hétérogène : jamais un quatrième n’a fini avec un total de points aussi élevé (l’OM avec 77 unités). Dans un championnat où Nolan Roux a inscrit 15 buts avec la lanterne rouge (Metz), soulignons objectivement la faiblesse des défenses de L1 cette saison, au cours de laquelle 12 joueurs ont inscrit plus de 14 buts. À titre de comparaison, en 2009-2010, seuls 4 joueurs avaient dépassé ce total.

Lyon, roi des sprints finaux ou des réveils tardifs ?

En retombant à un rythme raisonnable d’un match par semaine en moyenne et fort de l’effectif de qualité dont Genesio disposait, l’OL est parvenu sans surprise à redresser la barre. Une tendance qui se confirme par les chiffres : cette saison sous « BG », l’OL a remporté 55 % de ses matchs avec un calendrier « chargé » (c’est-à-dire avant toutes les éliminations en coupes) contre 89% de victoires avec un calendrier « allégé » (post-élimination face au CSKA).

Une confirmation que l’OL tourne mieux avec un calendrier « light » et qui conforte la tendance d’une formation spécialiste des sprints finaux. En remontant le problème à sa cause, on note que cette belle fin de saison intervient une nouvelle fois après une mauvaise passe, chose malheureusement trop fréquente à l’OL. S’il y a eu redressement au prix d’un réveil beaucoup trop tardif, c’est aussi parce qu’il a été précédé d’un écroulement qui n’aurait pas dû se produire.

De l’unanimité entre Genesio et ses joueurs aux sous-entendus post-départ

Sa principale qualité est sa relation avec ses joueurs. BG est une sorte de « père » pour ceux qui le côtoient depuis plusieurs années – au centre de formation, notamment : les Lopes, Ferri, Fekir entre autres – mais aussi pour les nouveaux venus. Marcelo a confié à Goal.com toute l’estime qu’il a pour son coach : « Il est très professionnel parce qu’il sait être motivant dans sa manière de parler et d’informer les joueurs ». Nabil Fekir a également tenu à apporter son soutien à Genesio, « un coach qui est proche des joueurs, qui donne le meilleur de lui, qui fait très bien son boulot ».

Comme Lacazette et Tolisso avant eux, ils sont nombreux à soutenir l’entraineur rhodanien en s’efforçant de rappeler qu’il a les qualités pour entraîner l’OL. Dès qu’ils sont loin de Lyon, toutefois, le discours sur le travail au quotidien dans des clubs plus huppés contredit quelque peu ces affirmations. Maxime Gonalons lui a directement rappelé : « Les entraînements (à Rome) sont durs, on fait beaucoup de tactique, beaucoup de vidéo » 

Alexandre Lacazette également a laissé entendre qu’un « monde d’écart » séparait l’encadrement de l’OL et celui d’Arsenal…

La fracture étant de plus en plus marquée entre les supporters et leur entraîneur, l’été promet d’être chaud à Lyon, où Jean-Michel Aulas reste un soutien indéfectible de son technicien. Une réunion est prévue cette semaine entre les membres du Conseil d’administration et le président pour décider de la suite à donner à l’aventure de Bruno Genesio à l’OL. On craint d’en deviner l’issue...

Expected Goals, qu’est-ce que c’est ?*

Les Expected Goals, ou « xG », désignent les buts qu’une équipe aurait dû marquer — ou encaisser — selon les probabilités sur une période donnée, qu’il s’agisse d’un match ou d’une saison. Cette statistique permet de mesurer la qualité d'une occasion de but. Le calcul n’est pas si compliqué : une probabilité de marquer est attribuée à chaque tir tenté ou concédé par une équipe, en se basant sur les milliers de tirs tentés lors des saisons précédentes. 

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