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GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)
27MAR
  • Publié le 27/03/2018 à 17:47 par Hugo B

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

« J’ai une bonne étoile au-dessus de ma tête. Ça peut s’arrêter demain, vous pourrez dire que j’en ai bien profité, et surtout que j’ai eu toutes les chances du monde. »

Note : cette interview a été réalisée le mercredi 1er novembre 2017 et ne tient donc pas compte des événements postérieurs à cette date (saison de Liverpool, notamment).

Partie 3 : le spectre de Liverpool, la politique et le football

Dans cette troisième partie, Grégoire Margotton nous parle de son séjour à Liverpool qui a changé sa vie, de sa première passion, la politique, et de la richesse de sa vie professionnelle.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

Son amour pour Liverpool, cette année Erasmus, le Centre de formation des journalistes

« J’ai commencé à vivre à partir du moment où j’ai voyagé. […] ça a changé ma vie. »

J’ai commencé à vivre à partir du moment où j’ai voyagé. Juste avant Canal, j’ai fait une année en Angleterre en Erasmus, à la fin de mes études à Lyon. Ma licence, je l’ai faite à Liverpool avant d’aller à l’école de journalisme à Paris, et ça a changé ma vie. Le fait de m’ouvrir un peu les yeux et l’esprit à l’étranger, ça m’a ouvert les neurones. C’était la fin de mes études, je faisais des langues étrangères à la fac à Lyon, de l’allemand et de l’anglais, et je ne savais pas ce que j’allais faire de ma vie. Ça n’a pas été léger sur les études parce que j’allais sérieusement en cours, mais c’était des études classiques, d’anglais, de relations internationales… et c’était l’auberge espagnole, un peu aussi. Les fêtes tous les soirs avec des étudiants du monde entier... J’avais 20 ans et c’était agréable, j’ai adoré cette vie, j’ai adoré les gens de Liverpool. Je suis tombé amoureux de l’Angleterre.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

Grâce à ça, j’ai réussi à rentrer en école de journalisme parce qu’il y’avait une épreuve d’anglais et que ça a un peu fait la différence. Grâce à ça, à Canal, on m’a tout de suite envoyé commenter des matchs en Angleterre parce que c’était mon second pays, vraiment. Grâce à ça, j’ai parlé pas mal anglais alors que je parlais pas mal allemand – mon père était prof d’allemand – si bien que ça m’a ajouté une langue à un assez bon niveau, même très bon à l’époque. J’ai un peu perdu depuis, mais à 20 ans, je parlais vraiment bien anglais. Bref voilà, ça a changé ma vie, ça m’a ouvert complètement. Je me suis dit : « Tiens, il est possible de faire autre chose », alors que je ne savais pas ce que j’allais faire. J’allais peut-être être prof. C’était bien, mais je ne savais pas du tout ce que j’allais devenir.

Liverpool, j’y suis retourné pour des matchs… Ça fait longtemps que je n’y suis pas retourné, mais je crois que la prochaine fois que j’irai, ce sera avec ma compagne d’aujourd’hui, parce que je crois que c’est typiquement l’endroit qui lui plaira. Il faut prendre le temps d’organiser ça. Je ne suis pas coincé, mais quand on a deux petites filles, c’est plus compliqué à organiser, donc je reprendrai mes déplacements un de ces jours. Mais Liverpool, c’est évident, bien sûr, ça m’a marqué. Et pourtant, ce n’est pas très beau. Ce n’est pas la plus belle ville du monde, mais pour moi, c’est l’une des plus belles. Les gens sont exceptionnels. Ils sont rigolos et ils ont un accent et une façon de parler qui est extraordinaire. Ils ont un humour, un truc... Bien sûr, il y a un l’humour anglais au sens large, mais Liverpool, c’est un truc particulier. Il se fait un humour qui n’existe qu’à Liverpool.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

Et puis, il y a une histoire, une histoire forte, récente. Ça prend de la place. Les Beatles, ce n’est pas rien. Les clubs de foot, ce n’est pas rien… Ces docks, cette histoire. C’est quand même une ville qui s’est bâtie sur l’esclavage. Il y a des origines très dures et très fortes. Elle s’est basée sur la traite négrière et l’arrivée du coton à Liverpool qui était traité ensuite à Manchester. Manchester récupérait le coton et le traitait dans ses usines quand Liverpool le faisait arriver. Il y a un quartier noir à Liverpool, beaucoup plus qu’à Manchester. J’habitais ce quartier noir de Liverpool quand j’étais étudiant. C’est un quartier très fort, dans tous les sens du terme. C’est une ville qui… C’est con de comparer ça, mais c’est évidemment plus Marseille que Lyon, Liverpool (rires). Et, c’est vrai que pour y passer un an de sa vie quand on a 20 ans, c’est génial. À cet âge-là, on va aux concerts, on sort en soirée avec des étudiants étrangers et anglais tous les soirs. Il se passe tout le temps quelque chose, c’est génial.

Après, je suis retourné au CFJ et, chose étonnante, ce n’est pas un bon souvenir. Je n’étais pas en super état en revenant de Liverpool entre 20 et 22 ans. Le retour de Liverpool n’a pas été facile, je crois. Je ne suis pas très fan du côté école avec l’élite regroupée autour de moi, dont certains se considèrent vraiment comme l’élite. J’avais du mal avec les mecs… - Qui veut aller faire un reportage ? - Moi moi moi, m’sieur ! Non, ça me soûlait, et il y en a qui étaient vraiment très scolaires. Donc il y a des choses qui m’énervaient. Mais je remercierai toujours le CFJ – d’ailleurs, j’y retourne faire quelques cours aujourd’hui, je prends ce temps-là depuis que je suis à TF1, car je ne l’avais pas avant – je remercierai toujours le CFJ, disais-je, de m’avoir appris deux-trois réflexes qui me serviront toute ma vie. Ça sert à ça, une école, pas plus. C’est déjà pas mal. Et puis ce sont des murs dans lesquels des gens intéressants sont passés. Il y a une vibration intéressante.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

L’esprit de compétition, ça me soûle, ce n’est pas mon truc. J’ai tendance, quand on me propose quelque chose et qu’il y a cinq crocodiles qui se jettent sur le bout de barbaque, à quitter le marigot et à aller voir ailleurs. Ça ne m’intéresse pas. Mais j’ai appris quand même deux, trois choses. Et puis surtout, c’est grâce au CFJ que je suis à Canal, parce que Biétry, les deux stagiaires qu’il veut pour les mois de juin et juillet 92, il les demande au CFJ. Il a fait le CFJ et il sait qu’avec cette école, il trouvera deux stagiaires qui sont formés et aptes à faire ce qu’on leur demande de faire. C’est donc grâce au CFJ que je me retrouve à Canal aussi.

Si c’est un hasard que je me retrouve à Canal à ce moment-là ? Non, parce qu’on sait dès le mois de janvier 92 que Canal Plus va prendre deux stagiaires du CFJ. C’est une promo de 45 ou 48 et il n’y en a que cinq qui se présentent. Les autres pensaient être reporter au Monde, au Figaro et à Libé, donc on n’est que cinq. Moi, je n’étais pas abonné à Canal. Je sais ce que c’est parce qu’il y avait un décodeur au CFJ. C’est là qu’entre potes, on se matait les matchs de foot certains soirs. Donc je connaissais un peu Canal, la réputation. En 92, Canal a déjà une très belle réputation, et voilà que je me retrouve là-bas dans ces cinq pris. Avec Vincent Radureau, on est arrivé ensemble. Lui y est toujours. On est pris parce qu’on s’intéresse au sport, sûrement autant que les autres qui voulaient se présenter, et surtout, on parle très bien anglais, et c’est ce que voulait Biétry : deux stagiaires qui parlent très bien anglais.

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Deux ans après, Liverpool me sauve à nouveau. Ça a tout déclenché : mon arrivée au CFJ et mon arrivée à Canal Plus, cette histoire de Liverpool. Donc voilà, si mon fils un jour me dit : « J’aimerais bien aller faire une année d’études à l’étranger », je lui dis : « Mais vas-y, vas-y, vas-y, n’hésite pas, sors d’ici ! ». Moi, ça a changé ma vie. Pour d’autres, ce sera différent. Chacun aura son parcours et son histoire, mais moi, ça a changé ma vie, c’est sûr. Ce qui fait qu’à Canal très rapidement, dans les premiers mois, on m’a envoyé tous les week-ends en Angleterre commenter la Premier League. C’est aussi comme ça que je suis devenu commentateur, parce que c’était normal de me laisser en Angleterre, c’était mon pays (rires). J’ai une bonne étoile au-dessus de ma tête, ça peut s’arrêter demain, vous pourrez dire que j’en ai bien profité, et surtout que j’ai eu toutes les chances du monde.

Cette année, le FC Liverpool est déprimant (au 01/11/17, ndlr). Il y a beaucoup de joueurs qui ne sont pas au très haut niveau. Il a beau être bon, Klopp, il n’a quand même pas le matériel humain que d’autres ont. Je les suis le plus possible. Dele Alli, j’aime bien. C’est un beau joueur. Mais il manque beaucoup de choses à cette équipe. C’est mieux que l’an dernier, mais il y a quand même déjà beaucoup de retard en Premier League… On va voir, c’est une équipe peut-être de coups, peut-être de coupes, comme souvent Liverpool l’a été depuis 20 ans. On verra en huitième de finale de la Ligue des Champions, comment ça va se passer, et quel sera le tirage, parce qu’elle est capable sur un match de faire des différences face à des équipes plus fortes qu’elle.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

Sa première passion pour la politique, l’émergence du sport dans sa vie, les voyages

« [la politique] paraissait être un grand cirque, j’avais des acteurs en face de moi […]. Ça me faisait rêver […]. Mais je me suis fracassé sur le mur de la réalité... »

Je ne voulais pas faire de sport au début. J’adorais ça, mais je voulais faire de la politique à l’école de journalisme, parce que j’étais fan de politique aussi, et puis j’ai été vacciné très vite. À l’école de journalisme, justement, à aller faire les sorties des conseils de ministres pour avoir une demi-déclaration à bosser pour l’école, pour la radio de l’école, pour le magazine de l’école, et me rendre compte que c’était tellement codifié… Mon grand élan s’est vite brisé, j’ai été vite vacciné. Ça paraissait être un grand cirque, j’avais des acteurs en face de moi, et c’était évidemment le cas. Je m’en suis rendu compte très fort. Ça me faisait rêver au sens où les histoires de partis, d’idées, les débats de présidentielles me captivaient encore plus qu’une finale de Coupe du monde quand j’étais gosse. Mais je me suis fracassé sur le mur de la réalité…

La réalité n’est pas si grandiose. Ça manque de souffle et les personnages vraiment intéressants et historiques sont très rares, tout aussi rares en politique que dans les autres secteurs de la vie humaine. Donc voilà. Je suis tombé dans le sport parce que j’ai trouvé un stage à Canal, en fait. Je me suis proposé et j’ai trouvé ma matière. Je voulais voyager, en fait, je crois que ça a été vraiment la base, et le sport pour ça, et Canal, ça a été magique. J’avais voyagé pas mal avec mes parents en France et en Europe, mais je n’avais jamais pris l’avion avant d’arriver à Canal à 22 ans. Je pense que depuis, j’ai dû le prendre 2 000 fois – j’exagère à peine. J’avais envie de voyages, j’avais envie d’aller au bout du monde. Et grâce à Canal, les coupes d’Afrique en Afrique du Sud, je suis allé dans une petite centaine de pays.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

Et puis, en plus, comme le foot laisse un peu de temps, vous en profitez pour vous balader, pour visiter un peu. J’essaye de ne pas simplement rester dans ma chambre d’hôtel, aller au restau italien d’en bas, remonter dans ma chambre et aller au stade. Je me balade. L’Afrique du Sud au sens large m’a fortement marqué. Istanbul aussi m’a fortement marqué. Je l’ai découverte grâce au foot la première fois et j’y suis retourné hors foot après… Il y a plein d’endroits… J’ai adoré l’Amérique du Sud aussi – ce que j’en ai vu, du moins. Je ne suis pas allé au Brésil, mais je suis allé en Uruguay, en Argentine… Moi qui ne parlais pas un mot d’espagnol. On se débrouille comme on peut. J’ai adoré ça.

J’ai eu la chance de passer 15 jours en Nouvelle-Calédonie pour aller faire un documentaire, un reportage sur le windsurfer Robert Teriitehau qui était très connu à l’époque et qui habite en Nouvelle-Calédonie. Vous tournez toute la journée mais, en même temps, vous vivez avec le type et c’était vraiment bien de découvrir son pays comme ça, de passer du temps avec sa famille. Souvent des voyages seul, aussi, c’est ça qui était bien. On a souvent des voyages en couple dans ce métier, on voyage avec son consultant, et puis des fois, on voyage seul. J’ai fait des voyages seul en Amérique du Sud, par exemple, où là vraiment, c’est dépaysant. C’était vraiment bien. On apprend des choses sur soi déjà, sur comment on fait face à différentes situations, évidemment, qu’on relativise.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L’INTERVIEW EXCLUSIVE (3e partie)

Je n’ai jamais eu, par éducation, l’envie d’être riche, d’avoir du pouvoir, d’être connu . C’était un métier que je ne voulais pas faire, la télévision. Je me suis retrouvé là vraiment par hasard. Tous ces voyages m’ont juste conforté… Ça fait relativiser de se dire qu’il y a d’autres êtres humains sur Terre et qu’ils ont tout autant de qualités que vous, si ce n’est plus. On n’est pas les meilleur, on n’est pas des merdes non plus. Ça permet de se dire qu’on a beaucoup de chance aussi d’être chez nous, parce qu’il n’y a pas de volcan, de tremblements de terre, pas de, pas de, pas de... Bref. J’aime bien revenir en France quand je pars longtemps, mais j’aurais très bien pu – je ne l’ai fait qu’un an, mais ça a failli se faire à Canal à une époque – être à l’étranger pendant des années, sans aucun souci. Je reviens tout le temps en Angleterre, tout le temps.

La 4e partie « Les tournants de sa vie professionnelle, l’Équipe de France et la Coupe du monde » à découvrir très vite sur SocialGones.com.

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