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GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)
25MAR
  • Publié le 25/03/2018 à 18:58 par Hugo B

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

« J’ai une bonne étoile au-dessus de ma tête. Ça peut s’arrêter demain, vous pourrez dire que j’en ai bien profité, et surtout que j’ai eu toutes les chances du monde. »

Partie 2 : l’enfance, Canal Plus et le journalisme

Dans cette deuxième partie, Grégoire Margotton nous parle de son enfance, de son intérêt pour le sport, mais aussi pour la musique, de sa période bénie à Canal Plus, ainsi que de son métier de commentateur et de journaliste, plus globalement.

 

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

Le sport et l’enfance

« [...] le sport a été très important, mais comme plein de choses. Je m’intéresse à plein de choses. J’avais cette chance-là quand j’étais gosse. »

Je suis d’une famille d’enseignants : mon père était prof d’allemand à la fac à Lyon, ma mère prof de français, latin et grec, ce qu’on appelait à l’époque les « lettres classiques ». J’ai grandi à Caluire en banlieue nord de Lyon de 0 à 10 ans, en gros, dans un grand immeuble en U où il y avait une énorme esplanade pour jouer au milieu, un endroit où les gamins pouvaient jouer. Une dalle très, très grande. On jouait là au foot toute la journée. Je jouais même sur le parking, ce qui fait que j’ai très tôt beaucoup joué dehors, au foot essentiellement, mais pas que, parce qu’à l’école, je faisais du basket. J’ai eu la chance d’avoir un grand frère de cinq ans de plus que moi, un malade de sport, un très gros sportif, beaucoup plus que moi, très bon footballeur, beaucoup plus que moi aussi. Il a joué jusqu’à avoir le choix, en gros, d’intégrer le centre de formation de l’Olympique Lyonnais. Les parents ont dit non, mais il avait vraiment les qualités pour aller sans doute à un bon niveau. Il m’a entraîné dans le foot, dans le sport.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

J’avais un père intello, certes, mais qui aimait le sport aussi, qui était très heureux de regarder des matchs de foot à la télé avec ses fils. J’ai tout de suite pratiqué le basket à l’école, ensuite à la Croix-Rousse. J’étais licencié à Lyon, en basket, jusqu’en minime-deuxième année. Jusqu’à 14 ans, j’ai fait un peu de sport régulièrement, et surtout du basket. Après, ma taille a fait que ça a été vite limité, mais je n’étais pas licencié foot, j’étais licencié basket. Donc oui, le sport a été très important, mais comme plein de choses. Je m’intéresse à plein de choses. J’avais cette chance là quand j’étais gosse. Le sport m’intéressait.

Bien sûr, quand j’étais gosse, je regardais le tournoi des 5 Nations, les JO, la Coupe du monde. La première qui me laisse un gros souvenir dans mon cerveau, c’est 78. J’ai huit ans, c’est en Argentine, et à partir de là, 82, 86, ce sont mes Coupes du monde d’adolescent, et 84 etc., mes Euros d’adolescent. C’est vraiment la période où je suis marqué par tous les sports, et le sport, et les grands sportifs. C’est Carl Lewis à Los Angeles en 84 parce que j’ai 14 ans. C’est l’âge où vraiment les choses s’inscrivent fort dans votre esprit. Donc voilà. J’aimais les sports. Le foot, bien sûr, mais les sports, j’ai toujours suivi les sports.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

L’époque Canal Plus

« Je suis arrivé à une période bénie […]. Il n’y a pas un endroit, pas une chaîne, un bouquet satellite, un opérateur qui offre ce que Canal a offert entre 90 et 2005-2006. »

(À propos de la chance d’avoir pu interviewer Carl Lewis) Ne m’en parlez pas (rires). J’ai eu tellement de chance avec Canal Plus. Aujourd’hui toujours, bien sûr, mais avec Canal, il y avait une grande possibilité d’ouverture, de voyage. Je suis arrivé à une période bénie, vraiment, que malheureusement aucun jeune journaliste ne pourra connaître aujourd’hui. Il n’y a pas un endroit, pas une chaîne, un bouquet satellite, un opérateur qui offre ce que Canal a offert entre 90 et 2005-2006. Et moi, j’ai grandi là-dedans, avec les droits de tous les championnats du monde, avec les Coupes du monde, avec les JO, avec la NBA. Il y avait tout. En gros, vous faites Canal + beIN + SFR et vous avez le Canal Plus de l’époque.

Les jeunes ont oublié, mais ceux qui ont 25, 30 ans n’ont pas oublié, eux. Ceux que je vois sont très nostalgiques de cette époque-là et je peux le comprendre parce que c’était simple. On aimait le sport, on était abonné à Canal, c’était réglé. Et quand je suis arrivé – parce que j’ai eu la chance de ne pas arriver à 30 ans, je suis sorti de l’école de journalisme que j’ai faite à Paris entre 90 et 92, et je suis arrivé en juin 92 à Canal, à 21 ans – je suis tombé là-dedans et j’ai grandi là-dedans. Mon métier, je l’ai appris dans cet environnement-là. Quelle chance j’ai eue, évidemment ! Je n’ai même pas eu ce que font tous les gamins aujourd’hui, c’est-à-dire un stage, souvent d’observation : on te prend pendant 6 mois, on te fait faire une ou deux petites piges, et puis on voit ce que ça donne. Peut-être qu’on ne t’engage pas parce qu’on ne peut pas, parce qu’on n’a pas les moyens... C’est ça, la situation aujourd’hui.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

Je suis arrivé dans un coin où si on faisait tout de suite ses preuves, on était engagé. J’ai fait deux, trois CDD en 92 avant d’être engagé définitivement, mais j’ai été testé à tous les exercices. Pendant les six premiers mois, j’ai fait des sujets pour le journal de 13h ou « Nulle part ailleurs » le soir. Au bout de six mois, on me lâchait commenter un match tout seul… J’ai fait des résumés de « Jour de foot », les premiers « Jour de foot », dès le premier été. J’ai fait tous les exercices possibles – à part la présentation d’une émission et le commentaire d’un très grand match – tout de suite, dès les premiers mois, et ça a duré pendant dix ans dans le monde entier. Sur plusieurs sports.

Sur le basket, je commentais la NBA avec George Eddy quand Éric Besnard ne pouvait pas. J’ai commenté la NBA aux Jeux Olympiques à Atlanta en 96, le All-Star Game à San Antonio avec Jordan, et puis le foot, très vite. Beaucoup d’Angleterre, beaucoup de déplacements, de l’Italie, de l’Espagne, de l’Écosse, de l’Allemagne, de partout, de la France tous les week-ends. Ça va vite quand on a envie et quand on peut, quand on est dispo, ce qui était mon cas. Ce n’est pas qu’on progresse vite, parce que j’espère que j’ai progressé, mais on avance vite. C’est une chance folle de connaître et d’aimer autant de sports. C’est une chance folle et c’est indispensable.

► Grégoire Margotton et George Eddy, All Star Game NBA, 11 février 1996 sur Canal+ (désolé pour la qualité) : https://www.youtube.com/watch?v=9gMhlWp-poI

En plus, je suis tombé dans un service qui ne faisait pas que du foot. Le foot était bien sûr le sport majeur, et on se chambrait entre nous, mais tout le monde respectait ceux qui étaient spécialisés dans d’autres sports. Et puis, quelqu’un comme Éric Besnard, c’est un exemple : il commentait le basket, mais le week-end, il faisait du foot aussi. Tout le monde faisait un peu de foot. Mais tout le monde avait aussi la possibilité de s’exprimer sur d’autres sport. Charles Biétry était quelqu’un qui ne s’intéressait pas qu’au football, mais à tous les sports. Il commentait l’athlétisme et il est fan de volley, fan de handball, de boxe… Voilà, il y avait de la boxe sur Canal, c’était les sports olympiques, les sports professionnels qui drainaient plein d’argent. On avait tout le spectre du sport sous les yeux et dans les mains, tous les jours, et je pense que Biétry aimait les gens qui ne s’intéressaient pas à un seul sport.

Aujourd’hui, quand je vois des gamins qui arrivent convaincus dans des services des sports et qui disent ne vouloir commenter que du football, ça me fait peur parce que ce n’est pas ça, la vie, et je pense que si tu ne veux commenter que du football, tu ne seras pas bon. En revanche, si tu me dis : « Ça, ça m’intéresse, ça, ça m’intéresse, et j’ai envie de le commenter », alors là, tu m’intéresses déjà beaucoup plus et on verra ce que tu peux faire. C’est ça qui est assez terrible, aujourd’hui. J’entends beaucoup de gamins qui ne veulent faire qu’une seule chose, du foot ou du commentaire de foot. Ce n’est pas ça, le bonheur. Ou en tout cas, ça n’a pas été mon bonheur et je pense vraiment que ce n’est pas ça qui fait progresser.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

Le fait de voir et de commenter Jordan me fait dire que je commente mieux le foot. Le fait de commenter de l’athlé me fait dire que je commente mieux le foot aussi, grâce à tout ça. C’est connaître l’effort, connaître les sportifs, savoir ce qu’est le corps d’un athlète, ce que sont ses blessures, et on ne connaît pas tout avec le foot. On le sait mieux en s’intéressant à d’autres sports, c’est évident. 

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

Sur la musique, le journalisme et le métier de commentateur

(Sur le journalisme) « C’est toujours la même chose, le même exercice. […] il faut savoir retranscrire une émotion, l’écrire ou la dire, en donnant envie aux gens […] »

La musique, j’en écoute moins en ce moment. Je suis quand même sur Spotify, donc je vais chercher des trucs, je fais attention quand des gens que j’aime bien me disent : « Tiens, écoute ce groupe-là », donc j’ai découvert deux-trois trucs depuis deux-trois ans que j’aime bien, mais je suis beaucoup moins branché qu’à l’époque Liverpool, justement. Quand j’avais vingt piges, c’était terrible. Et la chance que j’ai eu au-delà de Canal, c’est que mon frère aîné est musicien et m’a fait découvrir plein de trucs, ce qui fait que j’ai une bonne culture musicale de base aussi.

J’aurais pu basculer dans la musique aussi à 20 piges, être journaliste de musique aussi, oui, pourquoi pas ? Je voulais être journaliste, c’est simple. C’est toujours la même chose, le même exercice. Qu’on parle de sport ou du dernier concert des Stones, c’est pareil : il faut savoir retranscrire une émotion, l’écrire ou la dire en donnant envie aux gens si vraiment on a ressenti du plaisir. Donner de l’envie aux gens, c’est ça. Ce n’est pas du tout la définition du journalisme, mais c’est la définition que je me fais de raconter un événement, et l’événement, ça peut être du sport, ou ça peut être malheureusement un attentat.

► Le fameux « Avec Bastoooos » d’OL-OM (5-5) en 2009 : https://www.youtube.com/watch?v=6OuuwSnvaRI

 

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (2e partie)

En tout cas, je vois que la condescendance existe encore, dans tous les médias, cette sorte de condescendance de ceux qui font de l’info gênée, ou des grands reportages, ou qui sont envoyés spéciaux à l’étranger par rapport aux journalistes de sport. Ça existe encore, évidemment, moins qu’il y’a 20 ans, mais ça existe et c’est quelque chose que j’ai beaucoup de mal à comprendre, vraiment. J’ai beaucoup de mal à comprendre ça, parce que moi, si je suis patron d’un service des sports, je n’engage pas un journaliste qui ne me donne pas l’impression qu’il est capable, quand je le lâche dans la nature comme un autre journaliste, de me faire un papier sur un attentat ou sur la rentrée des classes. S’il ne sait pas faire ça, il n’a pas à être dans le service des sports non plus. Je ne suis pas sûr que l’inverse soit vrai.

On est dans un drôle d’exercice, que ce soit pour le sport en plateau, la description d’un événement sportif ou un commentaire. Je parle plus de ça. L’ensemble des gens qui vous écoutent – et les journalistes en premier – se disent : « Boh, c’est simple de commenter un match : machin passe la balle à bidule, OK ». Et puis, on s’aperçoit quand on commence à tenter cet exercice-là et à s’y frotter que, finalement, ce n’était peut-être pas aussi simple que ça, et que peut-être, ça demande une méthode de travail… Ça aussi, ça m’a marqué, ce côté « les commentateurs de football… ». Un peu de condescendance… Bah, vas-y, fais-le ! Tu verras, essaye ! Bien sûr, tout le monde commente devant sa télé. On est un peu comme l’arbitre. « Bah, c’est facile d’être arbitre ». On se fait insulter. « Il dit des conneries ». Ouais, enfin vas-y, fais-le et on en reparlera après. Il n’empêche que ça a été la source de mes plus grands bonheurs, quoiqu’il arrive.

La 3e partie « Le spectre de Liverpool, la politique et le football » à découvrir dès mardi soir avant Russie-France sur SocialGones.com.

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