Header Social Gones
GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)
23MAR
  • Publié le 23/03/2018 à 22:48 par Hugo B

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

« J’ai une bonne étoile au-dessus de la tête. Ça peut s’arrêter demain, vous pourrez dire que j’en ai bien profité, et surtout que j’ai eu toutes les chances du monde. »

Quand nous contactons Grégoire Margotton, il y a plus de 4 mois, pour l’interviewer, l’idée est de lui poser « quelques questions », sur lui, sur le journalisme, sur l’OL aussi, un peu, même s’il nous prévient d’emblée ne pas vouloir tomber dans « l’entre-nouisme ». Seulement, après qu’il a accepté avec la plus grande gentillesse, et après lui avoir soumis, toujours par mail, des questions bien trop nombreuses et bien trop longues, Grégoire Margotton nous propose plutôt de l’appeler. Au début, là encore, nous avons nos questions sous les yeux, mais très vite, toute la rigidité d’une interview banale est balayée : pendant deux heures, presque sans qu’on ait besoin de lui poser des questions ou de le relancer, le commentateur de l’Équipe de France pour TF1 va nous parler avec le plus grand naturel de football, de journalisme, digresser sur sa vie, son besoin originel de voyager, ou encore son affection pour Liverpool. Et ce, toujours avec le même calme, la même détente dans la voix, la même sagesse.

L’ancienne tête d’affiche des commentateurs de Canal Plus n’est pas avare en anecdotes et en histoires, et à seulement 48 ans, semble avoir la tranquillité stoïcienne des hommes qui ont tant vu et qui contemplent à la fois ce qu’ils ont vécu et ce qu’il leur reste à vivre, avec humilité et délectation. Après ce long échange, reste l’empreinte d’un homme passionné, curieux, divers, raisonné et reconnaissant envers sa « bonne étoile » pour toutes ces expériences. Ainsi, plutôt que de réduire cet entretien à quelques pages infidèles et tronquées, nous avons décidé de publier l’entretien complet, les quinze pages (!) de discussion, divisées en cinq chapitres, desquelles nous avons retiré nos questions, pour ne laisser que la voix de Grégoire Margotton, contant ses histoires.

Dans cette première partie, il nous parle de la saison de Ligue 1, de Lyon et de l’OL, des joueurs qu’il apprécie, du derby, mais aussi de l’importance et de l’influence du football dans la société, dans la vie.

Note : cette interview a été réalisée le mercredi 1er novembre 2017 et ne tient donc pas compte des événements postérieurs à cette date (derby ASSE-OL, notamment).

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Partie 1 : la Ligue 1, Lyon, et l’importance du football et du sport dans la société

Sur la saison de Ligue 1, les joueurs, les équipes

« Je prends plus de plaisir [à regarder la Ligue 1 aujourd’hui] parce qu’il y a plus de talents et plus de choix intéressants tactiquement dans plein d’équipes. »

Je n’ai jamais regardé autant de Ligue 1, parce qu’avant, j’étais dans la lessiveuse de la L1 et que je faisais un match le samedi, un match le dimanche… Quand vous commentez un match de Ligue 1 toutes les semaines… J’ai besoin de respirer et je ne regardais pas les 10 matchs de Ligue 1 du week-end, c’est impossible. Donc j’avoue que je ne regarde presque plus aujourd’hui. J’ai un peu plus de recul que quand j’étais à Canal. Je prends plus de plaisir parce que, quand même, il faut être lucide, en 2017, il y a plus de talents et plus de choix intéressants tactiquement dans plein d’équipes qu’en 2008-2009, par exemple, dans la fin de la période où l’OL dominait tout…

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Il y a eu des années compliquées, sans Favre, sans Bielsa, sans untel, qui n’étaient pas très agréables, c’est évident. Moi, j’avais la chance de ne commenter que les gros matchs. À l’époque, je faisais tous les week-ends PSG-OM, OM-PSG, Lyon-Sainté, Sainté-Lyon, donc l’événement – même si des fois, il y avait des 0-0 de merde – l’événement était très fort. On commentait dans des stades qui étaient pleins tout le temps, voilà, c’était les gros matchs. Aujourd’hui, oui, c’est plus agréable, bien sûr. Il n’y a pas peut-être de meilleures équipes. À part le Paris-Saint Germain, toutes les autres me paraissent avoir de vrais défauts, de vraies faiblesses.

Il y a eu des équipes plus chiantes sur le plan du spectacle, mais aussi des équipes plus solides, qu’on pouvait lire plus facilement, qui étaient plus régulières… Mais ça fait que le spectacle et le suspense en sont plus intéressants cette saison. Je ne sais pas qui sera deuxième, vraiment, c’est ça qui est sympa. Il y a des joueurs que j’aime bien… J’aime bien quand il y a un joueur qu’on a vu arriver à 19 ou 20 ans et qu’on se dit : « Ah toi, j’aimerais bien que tu fasses quelque chose, parce que t’as l’air bien et t’as du talent », etc. Je me souviens très bien avoir dit à des potes supporters de l’OM quand Sanson a signé : « Vous verrez, Sanson, c’est une super affaire pour l’OM, c’est un beau petit joueur ». Alors, je ne sais pas s’il passera le stade encore supérieur, parce qu’il y’a plein de stades, mais le stade auquel je l’attendais, il l’a passé. J’aime vraiment bien ce joueur-là, je trouve que c’est l’un des joueurs les plus réguliers de l’Olympique de Marseille.

 

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Je trouve que Nabil Fekir fait un début de saison magnifique, parce que plein de gens disent qu’il n’a pas perdu… Moi je trouve qu’il a perdu, physiquement. Il n’a pas retrouvé, mais il a gagné ailleurs et à l’arrivée, c’est un bien meilleur joueur qu’avant sa blessure. Je ne sais pas ce qu’il fera, Nabil, je ne sais pas quelle sera son histoire avec l’Équipe de France. J’espère déjà qu’il va renouer le fil, j’espère qu’il y trouvera une place parce qu’il n’est pas très loin, lui, du top top top niveau. Après, il y a des joueurs dont j’aime le profil. J’adore Pastore, j’adore Verratti… Je n’aime pas Memphis Depay. Voilà, ça c’est les joueurs que je n’aime pas, les joueurs qui ne regardent pas les autres, qui se contentent d’un exploit individuel. J’ai beaucoup de mal… Mais c’est un joueur que mon fils adore, donc je ne m’insulte pas avec mon fils non plus, j’essaye de lui expliquer que Memphis Depay, ce n’est pas un produit fini. Il me dit : « Oh, il est génial ! ». Je dis : « D’accord, si tu veux, tout va bien (rires) »

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Lyon, la ville, l’OL

« Lyon, j’adore cette ville, j’y suis né […] J’étais très content de la quitter aussi. »

J’aime bien Lyon, j’adore cette ville, j’y suis né. J’aime beaucoup cette ville, mais voilà, j’étais très content de la quitter aussi.  C’est un peu chiant qu’on me parle de Lyon tout le temps, je vous avoue. Parce que je ne suis pas supporter dans l’âme… Mon fils est plus supporter que moi alors qu’il n’est pas né à Lyon. Moi, je suis né à Lyon. Donc c’est rigolo, et c’est normal, il est plus jeune. Évidemment que je regarde Lyon, avant les autres, c’est évident, mais c’est vrai que ça me fatigue d’être dans une catégorie, « le supporter de Lyon », ça me soûle, je ne l’ai jamais été. Je ne suis pas proche d’Aulas, je ne suis pas proche des joueurs, donc bon… J’essaye d’être objectif, et puis, j’ai une chance incroyable, c’est qu’une fois que je mets le casque... Je vous avoue qu’en coupe d’Europe, oui, naturellement, je vais être pour le club français, et avec les Bleus, je vais être pour les Bleus, mais sur un match de Ligue 1, une fois que j’ai mis le casque...

Ça pouvait être Saint-Étienne-Lyon et 4-0 pour Saint-Étienne, j’étais tout aussi enflammé pour le but stéphanois que si ça avait été un but lyonnais. J’ai une chance folle pour ça, de ne pas m’impliquer personnellement, de pas y mettre de l’affect. Quand je dis je ne suis pas supporter… J’ai commenté à l’époque beaucoup plus de matchs à United qu’à Liverpool, donc j’ai appris à aimer aussi Manchester, ce stade… Quand j’étais étudiant à Liverpool, j’allais aussi voir des concerts à Manchester, donc j’ai passé aussi du temps à Manchester. Il ne faut pas être con non plus, je suis un vrai footix, hein, je l’assume ! (rires) Mais un footix qui a voyagé, qui a eu la chance de voir beaucoup de choses, donc un footix éclairé, chanceux et éclairé (rires) !

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Le derby (gagné 0-5 par l’OL quatre jours après l’interview, ndlr)

« J’adore ce match [...]. Je trouve ça génial quand on arrive à se chambrer un peu [...], j’adore ça. »

Le derby, je vais le regarder, ça c’est clair. Je vais le regarder en étant pour Lyon, évidemment. Si Saint-Étienne mène 2-0, ça va, je ne vais pas m’exciter devant ma télé, tout va bien. Mais oui, j’adore ce match, je trouve ça très con quand les gens en arrivent à être bêtes et violents. En revanche, je trouve ça génial quand on arrive à se chambrer un peu comme le font les Anglais, j’adore ça. Ça peut exister entre Lyon et Saint-Étienne et j’adore. Bien sûr que j’espère que Nabil Fekir va mettre un coup-franc à la 93e pour la victoire 3 buts à 1. Mais, bon, je pense que c’est plus mon fils qui m’enverra un texto à ce moment-là et c’est tout. C’est plus ça qui sera sympa dans ma soirée que d’avoir vu Nabil Fekir marquer un but contre l’ASSE. D’autant que ma mère est de Haute-Loire, donc j’ai aussi une histoire qui vient de ce coin-là. Je suis beaucoup allé à Saint-Étienne, j’aime beaucoup les Stéphanois, je n’ai rien contre les Stéphanois une seule seconde, quoi ! (rires)

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

De son amour du foot, du sport, et de l’importance de ce dernier

« Le sport, ça fait partie de la vie. [...] Ce n’est pas un reflet de la vie, c’est dans la vie. »

J’aime tellement tous les foots, de toute façon, et j’ai eu tellement de chance d’aller faire des Copas America, des coupes d’Afrique, d’aller découvrir les footballs du monde entier… Je suis un « ravi de la crèche » en ce moment. Je suis un ravi complet, j’ai le sourire au bord des lèvres en permanence. Bien sûr qu’il y’a des horreurs, bien sûr qu’il y’a de la corruption, bien sûr qu’il y a des mecs qui s’en mettent plein les fouilles, bien sur qu’il y a des gamins qui bossent dans des usines pour fabriquer les ballons, bien sûr, évidemment, évidemment qu’on le sait, ça… Mais quand même, un moment de sport de qualité, c’est un bienfait pour l’humanité, c’est sûr. Un grand champion, un geste, une victoire, quand ça ne déclenche pas de la violence ou les nationalismes, c’est magnifique.

Je me souviens du mois qui a suivi juillet 98, c’était un truc extraordinaire. Extraordinaire. Il y avait un truc dans l’air, on était champion du monde. On n’était pas meilleur que les autres, mais tout d’un coup, on était tous 2 cm au-dessus du sol. Voilà, on allait en vacances, la vie était belle, quoi. Et c’est vraiment très con, mais cette petite légèreté-là, il faut vraiment que le sport soit quelque chose de puissant pour réussir à la générer. Partout, même les élites, les soi-disant élites, se disaient : « Ah, mais c’est vachement bien le sport, finalement ». (rires)

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Il y a toujours un peu de mépris. Il y a eu des présidents de la République qui montraient ostensiblement, par calcul politique – mais pas que – leur amour du sport et du football en particulier, et ça aussi, ça a changé. On n’imaginait pas François Mitterrand ou le général de Gaulle dire qu’ils étaient supporters du FC Rouen ou du Paris-Saint Germain quand ils étaient gosses. Depuis 10, 15 ans, c’est arrivé. Ce n’était pas simplement un truc de circonstances, même si ça reste un argument politique, évidemment. Mais voilà, que la France organise les JO, je comprends les angoisses de pleins de gens, les « ça va coûter combien ? », les « il n’y a pas d’autres priorités ? ». Je suis d’accord, totalement d’accord.

À l’arrivée, pour avoir vécu les JO sur différents continents, quand c’est bien organisé et si, justement, financièrement, il n’y a pas trop de conneries qui sont faites, c’est un truc extraordinaire. Extraordinaire. Rien que d’accueillir le monde entier, c’est quelque chose d’extraordinaire. L’Allemagne a complètement changé d’image après 2006. Cette Coupe du monde était tellement agréable pour ceux qui y sont allés… Il faisait beau, il faisait chaud, les Allemands étaient heureux. Enfin bref, ça a joué vachement sur la perception que tout le monde a eu de l’Allemagne, du jeu de l’Allemagne, de l’accueil, de tout ce qui se disait sur les Allemands. Ça été une bénédiction pour l’Allemagne. Même pour les Français. Notre image de l’Allemagne a changé, par exemple.

GRÉGOIRE MARGOTTON : L'INTERVIEW EXCLUSIVE (1re partie)

Voilà, c’est très puissant le sport pour ça. Dans un sens comme dans l’autre, ça va très vite, c’est-à-dire qu’on peut passer de 1998 à 2010 – c’est très peu d’années – tout d’un coup de la plus grande admiration à la plus grande détestation, et pour de bonnes raisons, d’ailleurs. Ça va vite. C’est tellement plus mis en lumière aujourd’hui partout dans les médias que ça va vite. Le sport, ça fait partie de la vie. Quand je dis que ce n’est pas un reflet... Ce n’est pas un reflet du tout. C’est vraiment dans la vie, dans la vie des gens de tous les jours, la vie personnelle, la vie physique. Chacun fait du sport ou ne fait pas de sport, mais c’est du corps, donc on est dans la vie de tout le monde, dans la vie politique, dans la vie économique. Ça a des conséquences très importantes économiquement. Aujourd’hui, c’est le soft-power de pleins d’Etats qui utilisent le sport pour avoir une place sur l’échiquier du monde… Ce n’est pas un reflet de la vie, c’est dans la vie. Et c’est pour ça que je trouve que c’est une matière géniale à accompagner et à traiter.

La 2e partie « L’enfance, Canal Plus et le journalisme » dimanche soir sur @SocialGones.

Suivez-nous sur Facebook