Gérard Houiller, le visionnaire !

Gérard Houiller, le visionnaire !

8 janvier 2022 0 Par Zakarie Faibis

Choc de la 20ème journée de Ligue 1 Uber Eats 2021/2022 ce dimanche 9 janvier, le choc OL-PSG a vu passer de nombreux joueurs et coachs qui ont connu Gerland et/ou le Groupama Stadium et le Parc des Princes durant leur carrière.

Dans cet article, Social Gones vous présente la carrière (et la vie) d’un homme qui a marqué l’histoire des deux clubs, mais aussi de nombreux joueurs et supporters, Monsieur Gérard Houllier.

Né le 3 septembre 1947 à Thérouanne, à quelques dizaines de kilomètres de Lens, le petit Gérard pensait-il qu’il allait devenir un des coachs emblématiques de grandes équipes ? Qu’il allait lancer certains des meilleurs joueurs de l’histoire de ce sport et en avoir d’autres sous ses ordres ? Qu’il ne marcherait jamais seul ? Sans doute pas. Rien ne prédestinait ce joueur amateur de faible niveau à percer dans le football. En 1969, dans le cadre d’un CAPES d’anglais, direction l’Angleterre et la ville d’un de ses plus grands succès, Liverpool, pour donner des cours et mener ses recherches. Il reviendra continuer ses études, ralenties le temps de la maladie de son papa, et devient professeur d’anglais à l’ESC de Lille.

Comme le coach l’expliquera lors d’un huit-clos d’avant-saison en 2006, « être entraîneur, c’est un mélange de rigueur et d’imagination ». Ce mélange, MR Houllier l’avait et, combinant cela à sa grande intelligence et sa vision du jeu, cela lui a permis d’atteindre des sommets.

Gérard Houllier se lancera dans le grand bain du coaching en 1973 au Touquet qui lui proposera un poste d’entraîneur-joueur en Promotion d’Honneur.

Les premiers succès commenceront en 1979 avec l’US Nœux-les-Mines et une promotion en Division 2 et l’élimination en 1982 du Nantes de Maxime Bossis. Ces belles performances lui permettront de signer au RC Lens à l’été 82, le grand club régional, qu’il mènera en Coupe de l’UEFA aux côtés de joueurs comme Daniel Leclercq, Philippe Vercruysse et Daniel Xuereb.

Safet Susic et Gérard Houllier en 1985

En 1985, c’est le départ du Nord, direction le Parc des Princes pour entraîner l’équipe de Francis Borelli, et devient, dès la première saison, champion de France, remportant par ailleurs le premier titre de champion du PSG, avec des joueurs de renom comme Safet Susic, Joël Bats (autre ex lyonnais), Luis Fernandez ou encore Dominique Rocheteau. Malheureusement, la performance de l’équipe parisienne en 1987-1988 (quinzièmes) sonnera le glas du parcours de MR Houllier à la Porte de Saint-Cloud.

Cependant, le coach restera en Île de France, mais cette fois-ci à Clairefontaine, pour devenir adjoint d’Henri Michel puis de Michel Platini entre 1988 et 1992, lançant la carrière internationale notamment de Didier Deschamps. L’Euro 1992, jouée en Suède et connu pour l’histoire rocambolesque du vainqueur danois, fut catastrophique pour les Bleus avec deux nuls et une défaite dans un groupe composé de l’hôte suédois, du futur vainqueur danois et des Anglais qui eux aussi seront éliminés dans ce groupe.

A la suite de cette très mauvaise compétition, Michel Platini fut licencié de son poste et son adjoint Gérard Houllier devint sélectionneur. En 1993, un des évènements les plus cataclysmiques des Bleus se passa avec notre coach aux commandes. Alors que la qualification à la Coupe du Monde 1994 jouée aux Etats-Unis était quasi-obtenue (un seul point manquait pour deux matchs à jouer), les deux derniers matchs contre Israel et surtout la Bulgarie furent perdus, et une guerre entre Houllier et Ginola, semblable à l’affrontement Joffrey Baratheon et Tyrion Lannister dans un univers différent, se déclara, l’un accusant l’autre de tous les maux de cette élimination. Gérard Houllier fut logiquement licencié après cela et fut placé à la DTN et gagna avec la sélection U18 (le DTN est sélectionneur des jeunes) le championnat d’Europe de la catégorie en 1996 avec des joueurs qui devinrent des légendes, accrochant Nicolas Anelka, William Gallas, Thierry Henry et David Trézeguet à son palmarès de grands joueurs sous ses ordres.

1998 sera l’année où Gérard Houllier ne marchera définitivement plus jamais seul. Après un coup de fil d’un vieil ami à lui, Peter Robinson, directeur exécutif de Liverpool, le coach fit de Anfield sa maison, remporta la Coupe d’Angleterre, la Coupe de la Ligue anglaise, la Coupe de l’UEFA (au terme d’un match dingue contre Alaves et une victoire 5-4), et surtout, permit à des locaux de jouer et d’exploser. Ces locaux se nomment Michael Owen, futur Ballon d’Or 2001 et Steven Gerrard, qu’il n’y a plus besoin de présenter. Après une dissection aortique lors d’un match contre Leeds en octobre 2001 qui lui causera un traitement à vie, Gérard Houllier laissera sa place à son adjoint le temps de se soigner et revint 5 mois plus tard. Son contrat ne fut pas renouvelé à l’issue de la saison 2003-2004. Jamie Carragher, un ancien joueur sous les ordres du coach, expliquera en 2020 après le décès de Gérard Houllier, que le noyau dur de l’équipe qui a remporté la finale épique de la LDC 2005 contre le Milan a été formé par le coach.

Jean-Michel Aulas et Gérard Houllier en 2006./ Photo : Stéphane GUIOCHON

Après un break d’un an qu’il combla en étant consultant pour TPS Star, qui diffusait la Premier League, Gérard Houllier signa à l’été 2005 à Lyon, remplaçant Paul Le Guen chez le quadruple champion de France en titre. Il remportera deux Trophées des Champions, deux titres et un trophée UNFP de meilleur entraineur. En dehors du palmarès, que dire de son passage… Une saison de légende en 2005-2006, éliminé cruellement par le Milan AC en quarts de finale, une saison 2006-2007 remportée des la 33ème journée, Juninho et Grégory Coupet au prime de leur carrière sous ses ordres, des internationaux comme Eric Abidal, Sylvain Wiltord et Kim Kallstrom, et surtout le lancement de deux jeunes lyonnais, Hatem Ben Arfa et Karim Benzema.

Après un retour à la DTN et un petit passage à Aston Villa qui clôturera sa carrière d’entraineur sur ordre des médecins, il devint directeur sportif du New York Reds Bulls en 2012 et conseiller extérieur à l’OL en 2016.

Le 14 décembre 2020, Gérard Houllier décéda à son domicile de Boulogne-Billancourt après avoir subi quelques jours auparavant une nouvelle opération à l’aorte. Il avait 73 ans.

Edward Jay, journaliste à RMC, a bien connu Gérard Houllier. Il a répondu à quelques-unes de nos questions sur le coach :

Quel type d’homme était Gérard Houllier ?

C’est un homme qui m’a marqué, le plus grand entraineur que j’ai pu côtoyer. Il était là à l’apogée de l’OL. Sa mort m’a beaucoup touché il était important pour moi, il a fait passer un cap au club, il a fait construire au centre d’entrainement un resto entre la salle d’entrainement et la salle de presse pour que tout le monde mange ensemble,

Il n’aimait pas les interview parking, c’est-à-dire lorsque les journalistes parlaient aux joueurs après l’entrainement devant leurs voitures, car le joueur pouvait soit attraper froid (sortie de douche après l’entrainement), soit être dans une mauvaise forme donc donner une réponse irréfléchie. Il était très dans le détail, faisait attention a tout. Il était très attaché à la gestion de la communication, tout était réfléchis, puis forcément les souvenirs de conférence de presse, à l’image de ses causeries, on avait l’impression qu’il répétait ses mots de la causerie, nous emmenait dans sa motivation du match, il était très communicatif, tout était planifié, rien ne lui échappait. Avec Jean-Philippe Baille (actuel directeur de France Info), on écrivait les livres de la saison donc on avait obtenu sa confiance et on avait un deal, il nous donnait des infos au fur et à mesure mais on n’avait pas le droit de les utiliser dans nos médias, il emmenait tout le monde dans l’aventure de la saison !

A quelques jours du match entre deux de ses anciens clubs, que pensez-vous de l’empreinte qu’il a laissé au PSG et à l’OL ?

Le symbole c’est qu’il est mort après un PSG-OL et une victoire de l’OL au Parc des Princes. On a pas assez mesuré à l’époque ce que Gérard a pu apporter, le premier titre du PSG, à Liverpool tout parle pour lui, à l’OL un jeu abouti même si il n’a pas fait forcement mieux que les autres, puis on a sous-estimé son travail invisible en conseiller. C’était un grand homme qui a beaucoup compté pour les deux équipes.