Ne jamais marcher seul

Ne jamais marcher seul

1 août 2021 1 Par Amine.H

Inédites pour tous, les circonstances de l’année 2020 n’auront pas épargné l’OL mais au contraire plongé ses suiveurs au cœur d’une tornade d’émotions contradictoires faite de rebondissements, d’échecs, de succès et de drames sur lesquels il convient de se (re)pencher à l’aube d’une nouvelle année civile aux perspectives encore peu lisibles.

S’il fallait désigner l’année 2020 qui vient de s’écouler d’un terme unique, comme pour la pointer du doigt, il semble que le qualificatif d’extraordinaire soit parfaitement adapté. Et ce brusque détour opéré sur l’autoroute de la normalité, l’OL n’y a pas échappé, les douze derniers mois qu’il a vécu l’ayant propulsé dans des contrées qu’il n’avait plus l’habitude de visiter. Douzième du championnat il y a un an, le septuple champion de France semblait éteint et assommé par la force de la désillusion, au moins égale à celle de l’espérance qui l’avait précédée. Et si évoquer la première place qu’occupaient les hommes de Rudi Garcia un Noël plus tard suffirait à faire halluciner les plus désespérés d’alors, celle-ci ne reflète pas un quart de ce que 2020 a fait vivre sportivement et humainement aux acteurs comme aux spectateurs de la saga Olympique Lyonnais, déjà vieille de plus de soixante-dix ans.

Décembre 2019 s’était terminé loin, bien trop loin des standards olympiens, le vent de l’automne ayant considérablement refroidi les ardeurs estivales. La première partie de saison fut harassante et creusa le fossé, à peine rebouché par les promesses de renouveau, séparant l’effectif de ses supporters les plus fervents. Un rejet mutuel exprimé au pied du Virage Nord quelques minutes seulement après la qualification miraculeuse des Lyonnais pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Une blessure symbolique à laquelle s’étaient ajoutées celles physiques et malheureuses du capitaine Memphis Depay et de la recrue Jeff Reine-Adélaïde au cours d’une après-midi déprimante reflétant à la perfection la chute presque ininterrompue des ambitions rhodaniennes, pourtant si hautes quatre mois plus tôt. La trêve hivernale de la saison dernière était donc la bienvenue et beaucoup se seraient contentés de souhaiter à cet OL un semblant de santé pour la nouvelle année, s’aventurer sur la voie de la réussite relevant alors plus d’un excès d’optimisme que d’un élan d’objectivité. 

Pour essayer tant bien que mal de panser les plaies, janvier fut agité et faire preuve d’activité sur le si décrié marché hivernal, une nécessité. Une amorce de renouveau qui trouva un écho sur le terrain, l’OL commençant bien mieux l’année qu’il n’avait fini la précédente, emmené par un Moussa Dembélé à l’efficacité retrouvée. Ajoutez à cela l’imprévu orchestré à la perfection, l’attente suscitée par la compétence d’un leader naturel devenu dirigeant modèle et vous obtenez une espérance nouvelle.

En allant arracher l’excellent Bruno Guimarães des griffes trop peu aiguisées de « colchoneros » suffisants, Juninho a ressuscité la compréhension et l’humanité, chaque jour sacrifiées sur l’autel de la vénalité. Sportivement, son choix révéla aussitôt un joueur rare et indispensable au cœur de la folle semaine qui vit l’OL faire chuter l’octuple champion d’Italie en titre, puis terrasser son encombrant voisin ligérien, porté à chaque fois par une ferveur et un soutien populaire indescriptibles dont on peut mesurer la valeur inestimable depuis que l’on en est tous privés par l’inimaginable. Cet inimaginable, c’est ce virus qui vit sa folie meurtrière servir de prétexte à d’indécents égoïstes avides de satisfaire leurs intérêts court-termismes au détriment du bon sens et de l’intérêt général. Si brocarder le meilleur d’entre eux les aura sans aucun doute amusés pendant de longues semaines, la suite donna raison au plus censé et, fort heureusement, le sport finit timidement par reprendre ses droits, et l’Institution sa marche en avant

Tragique à Saint-Denis, la fin d’été fut historique à Turin, puis magique à Lisbonne, le masque ne suffisant pas à cacher le sourire retrouvé d’un peuple méritant et amoureux, témoin à une semaine d’intervalle de deux des plus grands exploits européens de l’histoire du représentant phare de sa si belle ville de Lyon.

Mais si tutoyer les sommets est un indéniable privilège et se familiariser à la médiocrité un immense crève-cœur, passer de l’un à l’autre sans transition constitue une difficulté au moins équivalente à celle d’un col hors-catégorie, gravi l’année passée avec deux mois de retard sur les traditionnels marronniers du mois de juillet. Ainsi, du retard, les hommes de Rudi Garcia ont eu la mauvaise idée d’en prendre à l’allumage d’une saison déjà amputée de son membre européen en ne remportant qu’un seul de leurs six premiers matchs de championnat. À tâtons tactiquement et perturbé par une interminable période de marchandage, cet OL inquiétait et la perspective d’une nouvelle saison à la conclusion en-deçà des attentes frappait à la porte de suiveurs désabusés. C’était sans compter sur l’extraordinaire capacité de résilience de ce club ô combien particulier et désormais emmené par un directeur sportif dont la sensibilité naturelle n’a d’égale que sa propre sensibilité sportive, cette dernière ayant accouché, en la personne de Lucas Paqueta, du frère footballistique du Brésilien œuvrant désormais aux destinées de l’OL depuis les tribunes. Symbole de renaissance, l’international auriverde est chaque week-end l’instigateur d’une symphonie orchestrée autour de sa faculté à suspendre le temps qui contraste avec la possibilité qu’il offre à son trio offensif de l’accélérer avec brutalité, quand l’adversaire est encore bercé par la douceur de sa protection de balle. 

Mais parce que 2020 semblait destinée à faire du drame une constante, l’OL n’a pas échappé à la douleur du deuil et la grande famille qui est la sienne a vu partir certains de ses anciens membres et/ou de ses soutiens. La disparition de Gérard Houllier, au lendemain d’une victoire de prestige, et l’émotion qu’elle a suscitée a rappelé la force du lien qui unit chaque acteur de « l’aventure Olympique Lyonnais », vieille de soixante-dix ans et porteuse de biens des joies, des peines et de souvenirs collectifs qui ne cessent de se perpétuer et de se constituer en hommage éternel.